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24/08/2016

Tout décade

La décadence, ce n'est pas grave : il suffit de donner un bon coup de kick dès qu'on touche le fond. 

L'idée de décadence, du latin cadere, tomber, n'est pas spécifique à la fin du dix-neuvième siècle en France à laquelle on l'associe souvent.

Ni ignorée de Platon, et encore moins de Gibbon, elle était perçue comme une réalité présente, du moins par quelques-uns, bien avant le début de la Révolution française.

En avril 1770, Voltaire donnait une définition, encore pertinente deux siècles plus tard. La décadence survient, écrivait-il à La Harpe, par la facilité de faire et la paresse de bien faire, par la satiété du beau et par le goût du bizarre... Nous sommes en tous sens dans le temps de plus horrible décadence...

Facilité, paresse, satiété, disparition du bon goût et une tendance au bizarre... Le revers de cette attitude consistait à glorifier les choses ou les attitudes liées à la décadence : les artifices amollissants de la civilisation et du raffinement, les gestes qui affirment notre triomphe sur la nature...

Ce culte de la décadence, autre forme de pessimisme, de plus en plus exprimé à mesure que le dix-neuvième siècle s'écoulait, attribuait à la décadence des fins qu'il croyait ou affectait de croire positives.

Loin d'être destructrice, la corruption, dans cette optique, était une expérience rédemptrice et roborative, une étape vers le dépassement de la médiocrité étouffante des conventions quotidiennes.

Eugen Weber : Fin de siècle, la France à la fin du XIXe siècle.

Survie du plus sonore

Le darwinisme ne prouve que la survie des survivants.

Charles Hoy Fort : Le Livre des damnés.

American gothic

... et vieux raseurs belgicains

— Jadis, j'ai connu une gothique qui portait le même prénom que moi. Je veux dire : mon prénom, au féminin... Une blonde diaphane... Elle me plaisait relativement, mais elle était de gauche, et surtout elle s'intéressait à André Blavier. Elle voulait réaliser son TFE sur les fous littéraires. Aujourd'hui, qui se souvient de Blavier ? Quant à la gothique, je l'ai croisée il y a peu, un après-midi de canicule, en noir des pieds à la tête, impassible derrière ses lunettes de soleil.

— Et alors ? Tu l'as abordée ? Bonjour mademoiselle, sale temps pour les aryens... 

— Sache qu'il existe deux choses qu'on ne rallume pas : les femmes et les cigares. D'ailleurs, je ne fume pas.

— André Blavier fumait la pipe, lui. Il devait répandre du tabac sur ses livres, des grimoires puants, tachés de café... L'hygiène des vieux garçons bibliophiles... Il faut être gothique pour aimer ça.

— Je ne suis pas jaloux et j'ai déjà pris une douche aujourd'hui. André Blavier, un fou littéraire ? Tout petit, l'entonnoir. Sa collection de graphomanes... Sa taxinomie en treize catégories... Son catalogue de bibliothèque communale... Tout cela est désespérément belge, pathétiquement dérisoire, et somme toute complaisant. Ce non-pays encourage la non-pensée, l'anecdote, le ridicule, la nullité, pour éviter toute autocritique et toute prise de conscience wallonne...

— Le Jean-Luc Fonck de la fiche catalographique ?

— Blavier, le prof Stas, Verheggen, Godin... Ces quatre-là, je les surnomme Chambre à air, Collage, Tuyau de poêle et Planche pourrie... Il faut déblayer, dynamiter toutes ces carrières de jeux de mots, d'insignifiance pataphysique et d'anarchisme chantilly. Les fous littéraires belgicains ressemblent à la grenouille de la fable... C'est mou et ça gonfle, ça gonfle... Mais la grenouille ne crève pas, elle devient une Belgique-bœuf ! Assez de crapauds buffles ! Donnez-nous plutôt des pluies de grenouilles ! Des averses de globules rouges, des chutes d'aérolithes... Il nous faut un Charles Fort...

— Charles Fort souffrait de délire dépressif. Il brûlait périodiquement ses livres...

— Très juste. Je me sens plus proche d'un pyromane désespéré qui vit dans le Bronx que d'un pépère verviétois qui tire sur sa bouffarde. De même qu'il faut distinguer entre francophile et franchouillard, se sentir wallon n'implique pas de gober tous les régionalismes d'inspiration belgicaine.

— Blavier était peut-être désespéré aussi, qu'en sais-tu ?

— En tout cas, elle ne s'appelait pas Amélie...

Zed le Mutant et Typhus le Chat