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17/05/2017

Tous les livres, Montag...

Les meilleures choses ont une fin : ce sera donc le dernier billet. J'y songeais depuis plusieurs mois. Le moment semble être venu. J'ai hésité à supprimer complètement ce blogue, je le ferai peut-être, mais, dans l'immédiat, deux choses me retiennent.

D'abord, je tenais à conserver certaines notes dont les copies me manquent. Ensuite, je voulais laisser un témoignage à contre-courant des discours officiels sur la Wallonie. 

Pourquoi arrêter maintenant alors qu'on commençait juste à se lasser ? La réunion de la Wallonie à la France n'aura jamais lieu. Les derniers rattachistes le savent, eux qui parlent de rapprochement. De toute manière, les Wallons ne le méritent pas et les Français ont d'autres soucis avec ce qui se prépare chez eux.

Ensuite et surtout, dire à quel point cette Belgique me dégoûte ne me soulage plus, ne m'amuse plus. Pour l'instant, je n'en ai plus la force. Je dois me reposer, prendre du recul et faire un bilan de santé. 

Je renonce également à mener « l'action parallèle » dans le monde réel. Là aussi, il faut savoir partir à temps. Tenir toutes ces années, sans aucun réseau, de manière gratuite, c'était déjà un pied de nez à la culture subventionnée.

Soyons honnêtes, les dernières activités attiraient un public restreint et le cœur n'y était plus. Vu le faible nombre de réservations, celle prévue ce jeudi n'aura pas lieu. Néanmoins, merci aux quelques-uns qui ont rendu cette aventure possible. Vous vous reconnaîtrez.

Salut au professeur Collignon qui fut mon premier lecteur en France : désolé pour mes débordements en majuscules, ce n'était pas mal intentionné.

Salut à Zen qui fut mon dernier lecteur en France : ce fut un grand honneur. Vous êtes les plus forts et en toute humilité, je n'ai pas votre niveau.

Salut à Nikk, Xavier, Bertrand, aux derniers Wallons conscients de l'être. A vous qui lisez ceci. A bientôt, peut-être.

A bas l'entité belgicaine !

15/05/2017

Violence mécanique

 

You're alone, one dark and foggy night...

Si on prend soudain une balle dans le corps au milieu de Fleet Street, on a des motifs logiques pour déclarer, en adoptant pour base de raisonnement l'usage ordinaire des mots, qu'on nous a, en substance, assassiné.

Mais que l'homme qui nous a tiré dessus, tout compte fait, soit dépeint comme un assassin est une question bien plus subtile encore.

Il peut ne rien avoir, personnellement, d'un meurtrier. Il peut nous avoir tiré dessus en prétendue situation de légitime défense, ayant pris pour geste d'attaque féroce le gracieux mouvement avec lequel nous hélions un taxi.

Il peut nous avoir tiré dessus par un accès de distraction, trompé par notre ressemblance physique avec une cible.

Notre état, une fois abattu, est une affaire évidente. L'état de l'homme qui nous a abattu est une affaire particulièrement hypothétique, qui peut aller de la méchanceté diabolique à l'enfantillage. 

Gilbert Keith Chesterton : Le paradoxe ambulant

Transfiguration de la Wallonie

 

Mon pays ! Je voulais à tout prix m'y accrocher et je n'avais pas à quoi. Je ne lui trouvais aucune réalité, ni dans le présent, ni dans le passé. Par rage, je lui attribuai un avenir, je le forgeais de toutes pièces, je l'embellissais sans y croire. [...]

Ma haine amoureuse et délirante n'avait, pour ainsi dire, pas d'objet : car mon pays s'effritait sous mes regards. Je le voulais puissant, démesuré, et fou, comme une force méchante, une fatalité qui ferait trembler le monde et il était petit, modeste, sans aucun des attributs qui constituent un destin.

Lorsque je me penchais sur son passé, je n'y découvrais que servitude, résignation, humilité, et quand je me tournais vers son présent, j'y décelais les mêmes défauts [...]

Je l'examinais impitoyablement, et avec une telle frénésie de découvrir en lui autre chose qu'elle me rendait malheureux, tellement elle était clairvoyante. A l'époque, j'en vins à comprendre qu'il était de toute manière trop infime pour mes exigences. N'ai-je pas écrit alors que je voudrais qu'il réunît en lui le destin de la France et la population de la Russie ? [...]

J'écrivis à l'époque un livre sur mon pays : peut-être personne n'a attaqué le sien avec une telle violence. Ce fut l'élucubration d'un fou furieux. Mais dans mes négations, il y avait une flamme telle qu'à distance, il ne m'est possible de croire qu'elle n'ait pas été un amour renversé, une idolâtrie à rebours.

C'était comme l'hymne d'un assassin, la théorie hurlante d'un patriote sans patrie. Des pages excessives qui permirent à un autre pays, ennemi du mien, [la Flandre ?] de les employer dans une campagne de calomnie et peut-être de vérité. [...]

J'avais haï mon pays, tous les hommes et l'univers, il me restait à m'en prendre à moi-même, ce que je fis par le détour du désespoir.

Emil Michel Cioran : Mon pays