Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

30/09/2016

Bons pour la casse...

Ce matin, de l'autre côté de la fenêtre, un type arpente les quais. Il apparaît par intermittences, dissimulé par les camions qui foncent.

La trentaine, très brun, des traits en lame de couteau, il avance d'une démarche étrange, robotique, sanglé dans une espèce de treillis militaire, avec des canettes sous le bras. Bientôt, il disparaît...

Un peu plus tard, quand tu regardes à nouveau, l'androïde est de retour. Cette fois, il se tient accoudé au bord du fleuve. Il regarde à gauche et à droite, comme s'il attendait quelqu'un. Enfin, il se retourne et reste penché, un long, très long moment sur l'eau qui coule.

La scène est singulière : seul dans ton oubliette, tu regardes le dos d'un homme qui regarde quelque chose. Un peu comme dans ce roman japonais où le narrateur observe un clochard dans une boîte, qui l'observe en retour depuis un trou dans sa boîte. De nous deux qui est l'autre ?

Au bout d'un moment, le type décroche, se frotte les coudes, avance de quelques mètres, se nettoie à nouveau les coudes, puis poursuit son chemin de sa démarche saccadée. 

Drogue, alcool, psychose ? Les trois en même temps ? Un bon profil de candidat au CPAS... Il rétrécit sur les quais, se réduit à une tache kaki, puis se volatilise derrière un pylône d'éclairage public. 

We are the robots... Plus tard, sur le temps de midi, tu traînes ta zone, à peu près au même endroit que l'androïde. Une forme attire ton attention dans le caniveau : un personnage de type Transformer. Un enfant l'aura sans doute jeté par la fenêtre d'une voiture.

Tu hésites avant de ramasser l'automate. Il mesure une dizaine de centimètres. Son allure militaire, la dureté de ses traits et la raideur de ses articulations te rappellent le type de tout à l'heure. Nous sommes les robots wallons, bons pour la casse...

Prudemment, tu déposes la créature sur la rambarde, face à la Meuse, pour lui laisser admirer les ruines industrielles et tu t'éloignes sans te retourner.

Tes pas te semblent un peu plus lourds, plus métalliques. 

Zed le Mutant

Quelque chose qui ne vous a pas réussi...

Vous avez la mine d'un trappiste, vous outrez le principe de la gravité que je vous ai donné à Londres. L'air triste ne peut être de bon ton ; c'est l'air ennuyé qu'il faut. Si vous êtes triste, c'est donc quelque chose qui vous manque, quelque chose qui ne vous a pas réussi. C'est montrer soi inférieur. Etes-vous ennuyé, au contraire, c'est ce qui a essayé vainement de vous plaire qui est inférieur. Comprenez donc, mon cher, combien la méprise est grave.

Stendhal : Le Rouge et le Noir

« Bien acheter, bien manger »

Cette époque, qui se montre à elle-même son temps comme le retour précipité de multiples festivités, est également une époque sans fête. 

Ce qui était, dans le temps cyclique le moment de la participation d'une communauté à la dépense luxueuse de la vie, est impossible pour la société sans communauté et sans luxe. 

Quand ses pseudo-fêtes vulgarisées, parodies du don, incitent à un surplus de dépense économique, elles ne ramènent que la déception toujours compensée par la promesse d'une déception nouvelle.

Le temps de la survie moderne doit, dans le spectacle, se vanter d'autant plus hautement que sa valeur d'usage s'est réduite. La réalité du temps a été remplacée par la publicité du temps.

Guy Debord : La société du spectacle