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30/11/2016

21st Century Barnum

 

Cassera, cassera pas... le cordon (ombilical) sanitaire entre la N-VA et le VB ? Les libéraux belgicains lancent une rodomontade : Nous n'entrerons jamais dans un gouvernement avec l'extrême droite flamande. 

Allons, mon petit Charlie... Cela ne prend plus avec les vieux punks comme nous. Crois-moi, quand la musique s'arrêtera, tu feras comme les autres, comme ton frère socialiste au cœur si sensible... Le sort des Wallons, Elio s'en souvient encore... Chaque fois qu'il s'assied, paraît-il. 

Avec les belgicains, c'est le principe de la chaise musicale... Lorsque les notes s'interrompent, chacun repousse son voisin et se précipite pour trouver un siège, une sinécure au Fédéral, à Brussels. Et pendant ce temps, les Flamands savourent leur pop-corn au balcon. Petit à petit, ils retirent des chaises et on dirait que ça les amuse beaucoup.

Mais le plus intéressant, ce ne sont pas les gazouillis de l'orgue de barbarie, ni la bousculade et la ruée qui suivent le silence, ni même la petite Schyns qui grimpe sur les tables, comme elle l'a confié à Vrebos.

Non, le plus intéressant, c'est ce que personne ne remarque, comme dans tout cercle vicieux, le non-dit autour duquel on tourne. 

Vous l'aimez bien votre gazomètre royal, n'est-ce pas ?

ZLM

Derrière le mur

L'antre de la chose. Un condisciple, le brave Stavroguine, avait donné ce surnom à la bouquinerie. L'expression désignait à la fois le commerce et son propriétaire : un gros bonhomme vautré sur sa grille de mots croisés. Tu te ne te souviens plus de son visage, en admettant qu'il en ait eu un.

L'antre de la chose se trouvait en bas de l'église Saint-M***, dans une sorte de cuvette urbaine : un quartier déjà fortement arabisé où régnait une atmosphère d'accablement. Seule trace d'activité : quelques patibulaires, en terrasse d'un café, discutaient d'obscurs trafics.

La bouquinerie se situait à côté d'un vidéo club à l'abandon : les affiches d'un film de Stallone se décoloraient en vitrine. En fait, rien ne signalait l'existence d'une telle enseigne... For members, only.

Derrière la porte, on pénétrait dans un hangar sombre, une pièce ou plutôt un tunnel, comme dans ces histoires de Jean Ray où la maison s'étend dans un impossible espace parallèle. Un rayonnage partageait le terrier en deux étroits couloirs et des Himalaya de livres de poche atteignaient le plafond. 

C'est là que tu dénichas un gisement de classiques de la science-fiction : les mémoires du futur pour une poignée de francs belges.

Tous les titres recensés dans les bibliographies gisaient pêle-mêle comme si un autre t'avait devancé. Le collectionneur s'en était débarrassé et à présent venait ton tour de prendre le relais.

Un jour que tu farfouillais dans les poubelles de l'avenir, un panneau de contreplaqué entrava tes exhumations. Le rectangle de bois s'était décroché des hauteurs et obstruait l'arrière-boutique. Tu entrepris de le repousser, mais il tenait bon. Enfin, au prix d'un raclement, il céda. Quels trésors se cachaient là-derrière ?

A cet instant, un bruit de chaise s'éleva à l'autre extrémité du monde. Comme dans un film d'épouvante, tu vis la chose sans nom foncer sur toi. On aurait dit le psychopathe de Massacre à la tronçonneuse. En grommelant des malédictions, le bouquiniste replaça la cloison, puis trottina à son comptoir, où tu l'entendis s'affaler.

Un jour qu'il calculait à toute vitesse combien tu lui devais, tu regardas à quoi il occupait son temps. Contrairement à ce que vous pensiez, il ne remplissait pas des mots croisés... La feuille sous son bic était couverte de traits, de bâtonnets, de chiffres. On aurait dit des calculs, une martingale. Cela n'avait aucun sens.

Que dissimulait-il ? Rien sans doute. Ce commerce et son sinistre tenancier n'existent probablement plus aujourd'hui. Tout comme la salle de lecture où tu suivis les cours de recherche documentaire... Le numérique a frappé d'insignifiance tout ce petit monde, bazardé de l'autre côté du mur du temps.

En revanche, tu as conservé les livres. Peu de chances qu'ils finissent chez un bouquiniste.

ZLM

Podpol'ya

Je suis un homme méchant, j'ai le foie détraqué, cela fait vingt ans que j'habite ce souterrain... (Fédor Dostoïevski : les carnets du sous-sol)

Dimanche dernier, avant de rentrer, j'ai fait un rêve. J'étais de retour à Warzée, dans une grande prairie, un champ à perte de vue, sous le déroulement gris-bleu du ciel, avec à flanc de coteau, dans les hauteurs, le manoir de Tante Lucie. Je marchais à travers une herbe couleur d'ardoise, dans une clarté crépusculaire, avec un sentiment de bonheur, comme si tout l'avenir s'étendait devant moi, paisible et tranquille.

En contrebas, des jeunes sortaient de la forêt, des filles et des garçons, des écoliers. Une bête étrange les accompagnait : un animal comme personne n'en a jamais vu, un hybride plus grand qu'un homme dont les articulations s'emboîtaient à rebours, comme certains insectes. La bête avait un regard doux et malgré son apparence, il n'était pas méchant. Je m'aperçois que j'emploie le masculin, bien que j'ignore de quoi il s'agissait au juste.

Au-dessus de nous, le ciel continuait à dévider ses vagues gris-bleu, un déroulement très rapide, comme si la terre tournait de plus en plus vite tandis que nous marchions sur l'herbe couleur d'ardoise tendre. 

Podpol'ya, utopia... Qu'est-ce que cela signifie ? Peut-être que je n'irai plus nulle part, que je vais simplement rester là-bas, aux archives, dans le sous-sol, avec les bêtes et les autres habitants de la grande forêt underground...

Je passerai fantôme sous les néons, en marchant à longueur de journée dans ces couloirs qui tournent comme l'escalier qui menait à la chambre secrète du manoir, là où les livres s'animaient comme une lanterne magique quand nous les parcourions ensemble.

C'est là que je me sens en sécurité, avec mon avenir devant moi. Le souterrain, c'est le domaine de l'éternité. 

ZLM