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13/12/2016

Pyromane éclairé

Après tout, qu'est-ce que ça peut faire ?

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Quand j'ai un peu d'argent, je m'achète des livres et s'il m'en reste, j'achète de la nourriture et des vêtements, écrivait Erasme.

C'était à une époque où le livre représentait l'unique vecteur du savoir. Aujourd'hui, il n'est plus qu'une source d'abrutissement, parmi tant d'autres. Par chance, ses jours sont comptés. De même que les disquaires et les médiathèques ont disparu — en très peu de temps, ce que personne ne semble remarquer — les librairies et les bibliothèques suivront.

Signe avant-coureur : les libraires vendent leur marchandise comme des blagues à Toto : Alors, ça, c'est l'histoire de...

Vient le moment où acheter des livres ne sert plus qu'à alimenter les futurs décombres de sa maison.

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Relevant la date de publication de l'ouvrage que tu lui demandais, elle s'exclama : 1947 ? C'est épuisé, vous comprenez bien... Elle ne soupçonnait même pas une réédition.

Dans le système d'office, un livre qui date de cinq ans est une antiquité, dépourvue d'intérêt. De nombreux éditeurs travaillent désormais sans fonds, avec des copies numériques et réimpriment leurs plus anciens titres à la demande... mais en mode économique, difficilement lisible.

De plus en plus souvent, des cahiers manquent. Parfois, une seule page. Mais cela concerne aussi des brèches de trente à cinquante pages... comme ce journal de Jünger, une mauvaise surprise qui te peine d'autant plus que tu te réservais sa lecture. Combien d'autres bombes à retardement sur les étagères ?

Le rognage, la raréfaction de l'encre, les mauvaises reliures : des signes qui ne trompent pas. Toute cette littérature aboutit au livre de silence dont parlait Mallarmé, mais d'une manière dérisoire et diabolique.

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La religion, l'opium du peuple ? Disons plutôt que l'opium est devenu la religion du peuple. L'industrie du livre a tué l'esprit du livre. Un flot incessant de nouveautés tue l'histoire et la mémoire, mais ironiquement, c'est cette même industrie qui instrumentalise les heures-les-plus-combustibles-de-notre-histoire.

L'Inquisition espagnole a-t-elle réellement réalisé autant d'autodafés que certains lui prêtent ? Cette surestimation probable vise à amoindrir nos défenses et à nous forcer à accepter n'importe quoi.

Vous devez aimer les livres, tous les livres que nous déversons chaque jour. Vous devez aimer les livres, surtout la littérature jeunesse, parce que, attention, on sait à quoi elles mènent vos idées...

Oui, on sait... à l'underground, archives, chômage, cimetière, six pieds dessous. 

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Un bibliothécaire qui brûlerait ses propres livres, ce serait un burn-out radical, une sorte de pyromane éclairé.

ZLM

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