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31/12/2016

Au bord du puits...

On peut considérer la paroi extérieure du mur du temps comme la margelle d'un puits...

La mousse et le lierre qui foisonnent en haut de la margelle se répandent en cercle ; comme le serpent qui se mord la queue, le progrès revient sur lui-même. Seules les racines s'enfoncent au fond du puits, le regard n'y pénètre pas...

Mimer était le gardien d'une source souterraine qui portait son nom, la fontaine de Mimer. Son eau procurait la connaissance des secrets ultimes ; même les dieux n'avaient pas le droit d'en boire. Odin obtint la permission en sacrifiant un œil. Depuis, il fut surnommé l'ami de Mimer...

En tant que régisseur de la fontaine du Destin, Mimer est proche des Moires. Mais en tant que précepteur des dieux, il rappelle les centaures tels que Chiron, qui maîtrisait l'art prophétique et dont le savoir atteignait la perfection des Muses.

Le savoir de Chiron était originel ; il ne s'était pas encore ramifié en sciences, il se tenait tout près du mur du temps. 

Chiron était également le précepteur d'Asclépios... Il l'instruisit dans l'art de la médecine et au-delà. Là où le traitement s'arrête commence le rôle de guide ; son but n'est pas une longue vie, mais bien plus.

Ernst Jünger : Les Ciseaux

Chez les Ivolguine...

 

— Qui a lu Dostoïevski ? demanda la professeur de russe.

C'était il y a longtemps, dans une autre vie, chez les cultureux belgicains. Le goût-de-la-lecture, ou comment donner quelque chose qu'on n'a pas et qui n'existe pas à quelqu'un qui n'en veut pas. 

Tu rongeais ton frein, curieux de voir comment ils allaient encore s'en sortir, lorsque ton voisin prit la parole.

C'était un vieux bonhomme, pas méchant, totalement déclassé, sorti d'une des familles tuyau-de-poêle des Frères Karamazov. Il était venu en pantoufles... ça sentait les fins de mois difficiles. Il commença d'un ton pâteux, bien belge :

— Ben... Je l'ai lu quand j'étais jeune... Euh... On ne peut pas dire que ce soit quelqu'un avec qui on aurait envie de passer le réveillon.

Passer le réveillon... Et à part ça ? Rien, comme les autres... Pourtant, ce soir, tu repenses à lui. Qu'est-il devenu ? Retraité, invisible, souterrain, les trois en même temps ? Encore un qui ne verra pas la dernière rafale....

Tu le reconnais en commençant la relecture de l'Idiot : le général Ivolguine, le mythomane qui tente de lier connaissance avec ses histoires à dormir debout — Ah, prince Mychkine, j'ai très bien connu votre père.

— Mais enfin, s'exclame la belle Anastasia, cette histoire n'est pas de vous, je l'ai lue mot pour mot dans un journal européen, la semaine dernière.

Le titre du quotidien dans le roman : l'Indépendance belge ! Cela ne s'invente pas... Un pays qui n'est qu'un mythe ne pouvait être qu'un repaire de mythos.

ZLM

Caïn-caha

 

— Tu crois en Dieu ?

— Oui !

La réponse fuse avant toute réflexion, alors qu'on ne sait pas de quoi, ni de qui on parle, ni dans quel contexte. 

Dire peut-être serait plus approprié, mais à certaines questions, mieux vaut répondre sans réfléchir, sur un coup de tête, comme un spasme. Il s'agit alors d'une déclaration d'intention, tel Chatov dans les Démons, qui dit : je croirai.

Le nom du personnage de Dostoïevski est construit sur le verbe russe qui signifie boiter, tituber, mais aussi marcher. 

Légende régionale : un jour, un Wallon tombe dans une flaque de boue. Les belgicains s'approchent et ricanent : tu es tombé parce que tu es Wallon.

L'homme dit en époussetant son chapeau : je suis tombé à cause de mes fautes, mais si j'arrive à me relever, c'est bien parce que je suis ce que vous m'accusez d'être.

Conatus : tout être cherche à persévérer dans son être. Je croirai, j'irai, caïn-caha, de préférence sans vous, loin de vous, contre vous, à rebours de ce en quoi vous croyez, comme dans le film de Zulawski, en tuant le roi, en boutant le feu, en me taillant un chemin de bûcheron dans la forêt. 

— Tu dis que tu crois, mais tu es le diable...

— La chute ne signifie rien, c'est par l'accroissement des ténèbres qu'on voit d'où nous vient la lumière.