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20/01/2017

Copycat

 

Assis dans mon bureau en face de Kimball, je me suis rendu compte que j’avais imaginé plusieurs fois ce moment précis. C’était le moment contre lequel les détracteurs du livre m’avaient mis en garde : si quelque chose arrivait à quelqu’un en raison de la publication de ce roman, il faudrait en blâmer Bret Easton Ellis.

J’avais trouvé l’idée risible : il n’y avait personne dans le monde réel qui fût aussi dérangé et vicieux que ce personnage de fiction. De plus, Patrick Bateman était un narrateur notoirement indigne de confiance et si vous aviez réellement lu le livre, vous en veniez à douter que ces crimes aient été commis.

Il y avait des indices insistants qu’ils n’existaient que dans l’esprit de Bateman. Les meurtres et la torture étaient en fait des fantasmes nourris par sa rage et sa fureur contre la façon dont la vie était organisée en Amérique et la façon dont il avait été – en dépit de sa fortune – piégé par ça.

Les fantasmes étaient une échappatoire. C’était la thèse du livre. Ça parlait de société, des modes et des mœurs, et non de découpage de femmes. Comment quiconque avait lu le livre ne pouvait voir ça ?

Pourtant, en raison de l’intensité des cris outragés concernant le roman, la crainte que ce ne fût pas, après tout, une idée aussi risible ne s’était jamais éloignée ; rôdait toujours l’inquiétude de ce qui pourrait se passer si le livre tombait entre de mauvaises mains.

Qui pouvait savoir alors ce qu’il inspirerait ? Le livre m’avait rendu riche et célèbre, mais je ne voulais plus jamais y toucher. À présent, il se ruait de nouveau vers moi et je me retrouvais à la place de Patrick Bateman : je me sentais dans la peau d’un narrateur indigne de confiance, même si je savais que je ne l’étais pas. Et j’ai même pensé : Bon, l’a-t-il fait ?

Bret Easton Ellis, Lunar Park, cité par Zentropa.

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