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26/01/2017

Troubler l'eau, prendre le poisson

 

Wanna play with the big boys ?

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Dans son essai Théologie de la provocation : causes et et enjeux du principe totalitaire, Gérard Conio développe l'intuition selon laquelle le monde moderne est rempli d'idées chrétiennes devenues folles. 

C'est la question du théologico-politique chez Carl Schmitt : toutes les notions politiques sont des notions théologiques sécularisées.

Chaque fois que vous serez deux, je serai en tiers. Ces paroles du Christ reparaissent en Union Soviétique sous forme de tiers inclus, c'est-à-dire de commissaire politique intégré au psychisme de chacun, pour que chacun devienne le délateur de l'autre. Aujourd'hui, ce serait le politiquement correct et la criminalisation de certaines opinions.

Pour désigner ces métamorphoses, Conio emploie le terme flottant de provocation. 

Provocation comme ressort d'une politique Grand Inquisitoriale où le bien provoque le mal — le règne universel des droits de l'homme qui culmine dans le droit d'ingérence n'a pour finalité que la plus bestiale des barbaries, celle du libéralisme qui réduit l'humanité à un magma global, une masse d'unités interchangeables... Vous avez dit Gloubibelgo ?

Provocation, dans le sens d'agent provocateur, personnage-clef de la modernité. La Totalité, ayant perdu son rapport avec l'Unique, s'est disséminée dans les réseaux. Conio retrace le parcours du sinistre Eno Azef, à la veille de la Première Guerre mondiale.

Azef, espion juif russifié, modèle de salaud sartrien, précurseur des banksters actuels, était capable de servir les causes en apparence les plus opposées. Agent double absolu, il ne met pas son art de la simulation au service d'une foi, il n'a ni foi, ni conviction, hormis ses intérêts... un parfait libéral !

Dans un chapitre passionnant, Conio établit la généalogie d'un faux du vingtième siècle, apparu dans l'underground soviétique des années 80, les Confessions de Rakovski, diplomate d'origine roumaine, mort assassiné par le NKVD en 1941.

Dans ses fausses confessions, Rakovski dévoile un complot financier mondial, le Finintern, alliance contre-nature entre le Capitern, capitalisme occidental et le communisme du Komintern, dominé par un certain groupe ethnique.

Autrement dit, le mondialisme néolibéral est le stade ultime du communisme et tous deux seraient issus d'une volonté commune. A certains endroits, la prose de Conio devient étrangement contournée... Détendez-vous, ça restera entre nous... 

 

Eco'n feye po n'nin l'roûvi...

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La représentation romanesque d'un conseil des sages qui gouvernerait le monde répond au besoin de croire à une organisation hiérarchisée dont la coupole serait constituée d'un petit groupe de décideurs, cachés, mais bien réels.

L'erreur de cette imagerie consiste, en plaquant sur la société moderne une structure de type féodal, à déformer la vraie nature des changements de notre âge monétariste.

Cette explication simpliste, le grand complot, met à jour dans la mafia ou dans la partocratie (sic) des archaïsmes que le nouvel ordre mondial est appelé à balayer.

Les multinationales et les mouvements de capitaux obéissent à des processus de concentration qui réduisent le pouvoir de décision à un nombre de plus en plus restreint de personnes. Mais ces personnes sont elles-mêmes interchangeables comme des pions, ne possèdent aucune pérennité et sont menacées à tout instant d'éjection.

Alors que le pouvoir ancien reposait sur des personnalités fortes, bénéfiques ou diaboliques, le nouveau pouvoir est anonyme et impersonnel, sans sujet, déterritorialisé, n'appartient à aucun groupe ethnique, national, religieux, culturel, etc. 

La pensée structuraliste, en proclamant la mort du sujet, a défini la nature insaisissable du pouvoir. Le plus ironique étant que cette même pensée structuraliste, autrefois considérée comme radicale, sert actuellement de boîte à outils néo-libérale.

Et tout aussi ironiquement, l'oligarchie mondialiste telle que la décrit Conio, ressemble à la néo-humanité qu'elle souhaite produire. 

Soit. Mais qu'en est-il alors de la théorie du complot capitalo-communiste de Rakovski ? Conio déplace astucieusement la question. Il s'agirait moins d'une révélation que d'un révélateur.

De telles fictions feraient en réalité le jeu de l'ennemi : elles n'auraient d'autre but que de dissimuler la réalité du processus d'unification du monde, en ne désignant qu'un groupe précis, tantôt les Juifs, tantôt les francs-maçons, tantôt l'Opus Dei, tantôt les reptiliens... alors qu'il s'agit d'une tendance de fond, qui traverse tous les pouvoirs. 

Resterait alors à déterminer le poids respectif de ces réseaux, leur hiérarchisation, pour établir quel est le plus important...

ZLM

P.S. : article rédigé en cours de lecture. J'y reviendrai peut-être sur ce blogue, ou dans une activité du monde réel. Restez à l'écoute, tant que vous le pouvez, tant que je le peux, tant que Dieu nous prête vie.

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