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08/02/2017

Psychonaute

D'après Edgar Poe, la mort exhibe un masque rouge. Pour le psychonaute Ernst Jünger, l'approche de la lumière originelle baigne dans une atmosphère bleutée. Voici que le bleu devient transparent, s'exclame-t-il, lors de son voyage sous acide lysergique, en 1970. Le rien est une chose périlleuse, comme un affleurement d'aigles au bord de l'abîme. Voici un extrait de cet essai sur la drogue et les portes de la perception, inattendu chez l'auteur d'Orages d'acier.

Quand j'aborde telle ou telle section de la sphère du monde psychique où je m'entretiens avec les dieux qui y demeurent, avec Thor et Freya, avec Brunhilde et Judith, avec la panthère et le scarabée, je ne doute pas de leur force, ni de leur enseignement. J'ai laissé glisser l'ombre, nous nous tenons dans la lumière radieuse.

Mais au retour, je me vêts à nouveau d'ombre. Cette approche n'était pas une diminution, mais un élargissement de la conscience, un état objectif qu'on peut interpréter. Je peux raconter, je puis tout aussi bien tenir secret ce que j'ai appris dans ces régions. Je n'ai pas seulement compris ce qui a mu les hommes des temps et des lieux les plus retirés. Je l'ai vu dans leur espace, et avec leurs yeux...

Je ne voudrais pas oublier le repos dans le Bleu absolu qui, loin d'effacer les images, les absorbe en lui, comme les morceaux de névés fondent dans la mer étale. Ce n'est pas le bleu de l'Adriatique, ni celui de la mer Egée ou du Pacifique. Seules peut-être les Méditerranées, dans l'éther des plus lointaines galaxies, sont aussi éclatantes. 

Ernst Jünger : Approches, drogues et ivresse

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