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20/02/2017

Quelles ailes colossales tournoient...

 

Ernst Jünger : Traité du sablier

L'horloge solaire a beau se référer à la mesure des mesures et puiser à la source l'évaluation du temps, elle présente le caractère le moins humain.

Les autres horloges supposent l'homme et son génie inventif. Celle-ci est indépendante de lui et n'annonce pas seulement des péripéties du destin, mais des cycles qui peuvent se concevoir sans l'homme.

D'où l'inquiétude, le trouble qu'elle suscite et auxquels nous sommes surtout sensibles quand nous observons les vastes révolutions de l'ombre.

Nous débouchons parfois sur une place qui brille, solitaire, aux rayons de midi. L'ombre d'un obélisque se meut dans sa ronde sur la pierre brûlante.

Nous sentons comme elle est indépendante, extra-terrestre dans le cercle qu'elle décrit. On peut l'imaginer sans la présence humaine ou d'êtres vivants ; poursuivant ses rondes dans un monde mort.

Quand le gnomon est élevé, par exemple les cônes des volcans, la pointe de l'ombre nous frôle au passage, ainsi qu'un oiseau. Ce contact nous fait pressentir quelles ailes colossales tournoient, invisibles dans l'espace d'entre les mondes, ne se révélant à nos regards que dans les éclipses.

Leur course immense et sans pesanteur nous donne une vague image d'une puissance spirituelle.

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