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21/02/2017

Devant les maîtres du temps...

Résultat de recherche d'images pour "dürer chevalier mort diable"

Jean-Paul écrit dans Siebenkäs : Nous servons de sablier à des êtres supérieurs lorsque celui de notre vie s'est écoulé avec assez de pureté pour qu'il se retourne dans l'au-delà.

Le sablier s'harmonise avec les lieux de méditation ou de recueillement : chapelles, bibliothèques, archives, alors que le cadran des horloges mécaniques correspond au temps du Travailleur, la figure redoutable du démiurge.

Alors que le Diable talonne le Chevalier, la Mort apparaît et lui barre la route. Des serpents dansent sur son front et elle brandit un sablier ; les insignes du néant et du retour, écrit Ernst Jünger, qui, à la suite de Nietzsche, dans Naissance de la tragédie, s'approprie le tableau.

En attendant l'activité de mai — que Dieu nous prête vie — voici un nouvel extrait du Traité du sablier.

*

Nous avons ici une rencontre intérieure avec une situation fatale, saisie d'un brusque mouvement de conscience, dans un soudain avant-goût de la mort, tel qu'il nous envahit au milieu de la vie, quand les périls s'approchent ou que les soucis nous écrasent.

De là vient que nous apercevons le chevalier au creux de la terre : des racines d'arbres dépassent à la hauteur de sa tête. Il chevauche comme au fond d'un tombeau : les sabots du cheval frôlent une tête de mort. C'est un des charmes géniaux, donc involontaires de cette gravure que le lignes s'étalent vers le haut comme des runes de vie et tombent vers le bas en runes de mort.

La vue de cette image nous affermit dans la confiance. Nous sentons que le chevalier, ici-bas ou ailleurs, est maître de la situation.

Le château, tout en haut, remplit de sa splendeur le chemin creux : il ressemble bien plus au palais d'un roi qu'à la demeure d'un chevalier. Il représente sans doute la cité de David, la haute ville dont les assises sont hors du temps.

En elle quoi qu'il advienne, on peut mettre son assurance, même et surtout lorsque le sablier se brise. C'est en elle que se fonde la sérénité du chevalier.

Et cependant, on peut admettre que même ici-bas, il sortira vainqueur du défilé. L'esprit de la gravure le montre clairement : et si on ne le sent pas, on le comprendra en observant que l'ampoule supérieure du sablier est encore à demi-pleine, que le sable ne s'est pas entièrement retiré d'elle.

Nous ne pouvons trouver qu'avantage, tous tant que nous sommes, à tomber parfois dans de tels défilés, pour être traduit devant les maîtres du monde et du temps. C'est ici que s'éprouvent les cœurs.

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