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11/03/2017

Pyrothécaire

 

« Les Ophites étaient un bon exemple de secte gnostique »

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Dans son livre Le culte de la nouveauté : la gnose dans les temps modernes, l'helléniste et philosophe Marc Lebiez critique la thèse du philosophe catholique autrichien conservateur Eric Voegelin.

Ce dernier voyait dans la modernité une résurgence de la « gnose au faux nom », au sens qu'Irénée donnait à cette expression, et dont les caractéristiques étaient l'auto-déification, l'immanentisme, l'attente d'un sauveur. Lebiez y ajoute le culte de la nouveauté et le goût pour l'ésotérisme. 

L'attitude gnostique, radicalement dualiste et acosmique, considère le monde comme uniformément mauvais et raté, préconise la table rase, l'écrasement de l'ancien sous l'événement — le Christ / l'homme providentiel — et constitue donc une sorte de nihilisme néologique voué à la déception, la nouveauté pure n'existant pas.

Les temps modernes seraient les héritiers de cette tradition. A l'inverse de cette interprétation polémique, Lebiez, comme Blumenberg dans son livre Légitimité des temps modernes, affirme que la modernité serait plutôt le dépassement de cette gnose. 

L'auteur valorise la démarche archéologique apparue à la Renaissance, comme un mouvement de reprise, c'est-à-dire une manière de penser la nouveauté, en renouant le lien avec un passé sans doute idéalisé, mais bien réel, et toujours fécond. 

Au passage, Lebiez évacue les lectures ésotériques, liées selon lui à une incapacité à se tenir au sens concret du texte. Assez étrangement, il va jusqu'à nier l'existence d'un ésotérisme chrétien...

Son essai, parfois un peu confus, mais toujours stimulant, commence très fort, par l'évocation de la prise d'Alexandrie, en 640, par les troupes de l'émir Omar Ibn al-Khattab. Voici la réponse de l'Emir au bibliothécaire et philosophe Jean Philoppon, dernier héritier de la tradition néo-platonicienne. 

 

Oh, z'ai cru voir un gnoztique...

« En ce qui concerne les livres que vous avez mentionnés, si leurs contenus sont en accord avec le Livre d'Allah, nous pouvons faire sans eux, puisque dans ce cas, le livre d'Allah est plus que suffisant. S'ils contiennent des choses contraires à ce qui se trouve dans le livre d'Allah, il n'est pas nécessaire non plus de les conserver. Va et détruis-les. »

L'émir ne tient pas un discours de haine contre un autre peuple, il ne prétend pas non plus que les livres seraient nocifs, impies ou issus d'une culture dégénérée... Il déclare ces livres inutiles parce que périmés par un livre plus récent, celui d'Allah.

Si nous nous focalisons sur le fait que ce livre plus récent est le Coran, nous voyons dans son attitude celle de l'islamiste borné. Si, en revanche, nous portons l'attention sur le raisonnement qu'il avance, alors, nous pouvons penser à celui selon lequel tout ouvrage théorique de plus de dix ans est inutile, car dépassé.

Cette logique n'est pas répétée parmi les rangs ignares de quelque groupe djihadiste, mais dans les universités d'un pays qui se présente au monde comme le modèle à suivre par tous.

Selon cette même logique, les bibliothèques universitaires [imaginez les autres] se débarrassent de leurs ouvrages trop anciens pour être susceptibles de présenter le moindre intérêt.

Sans doute ne brûle-t-on pas de livres, car l'image serait déplorable, mais la douceur du procédé et sa discrétion — on n'a pas la puanteur de la fumée — ne lui ôte pas son efficacité, si même elle ne la renforce pas. 

La logique à l'œuvre se résume en une formule simple : le nouveau efface l'ancien. Soit par la force du feu comme les conquérants musulmans d'Alexandrie, ou dans la douce tiédeur d'une bibliothèque dont les agents sont priés de mettre dans des cartons les livres dont les esprits modernes qui la dirigent ne veulent plus.

Ce peut être la violence du conquérant décidé à imposer sa religion, ou bien la tranquille certitude de celui qui vous prie, avec un sourire indulgent, de bien vouloir l'excuser s'il n'a pas de temps de s'intéresser aux choses anciennes, car il est trop pris par ses recherches...

Ce furent les termes du débat entre les tenants de ce qui allait devenir la Grande Eglise et ceux des diverses mouvances gnostiques. Ces dernières considéraient l'Incarnation comme une rupture absolue qui devait effacer l'ancien...

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Lecture séduisante d'un débat toujours actuel, mais la répartition des rôles paraît difficile à établir.

Tout le monde brûle des livres, tout le monde impose son Livre... mais personne n'ose le reconnaître. Ne serions-nous pas plutôt en présence d'une guerre des gnoses ?

Quelles sont les forces accélératrices, au nom de quelle nouveauté procèdent-elles, qui joue le rôle de katechon et qui retardera l'enténèbrement du monde ? 

L'entité belgicaine est un cauchemar dont j'essaie de m'éveiller.

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