Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23/03/2017

Fils bipède du chaos

 

Chante la colère...

L'inconnaissable qui caractérise l'histoire à construire, Homère en donne un exemple décisif dans l'épisode où le héros débarque chez le cyclope Polyphème. Quel est ton nom ? On m'appelle Oudeïs, répond Ulysse. 

Oudeïs, au sens strict, étymologique, c'est le non-Un. Ulysse affirme que ses amis le nomment ainsi, Personne. Dès lors, il se désigne comme celui qui n'a pas de vérité préalable, quelque chose comme un fils de Khaos en version bipède et aventureuse, initiateur de soi et des aventures de soi...

Le voyage d'Ulysse notifie clairement qu'on ne va jamais en ligne droite de Troie vers Ithaque en sachant quand, comment, pourquoi. Autre nom de la destinée...

Refuser, comme le chante Homère, de tout savoir à propos de l'histoire, c'est rappeler que le devenir est placé sous le signe de Khaos, l'originaire indéchiffrable...

Certains affirment une Vérité dont le contenu s'imposerait à tous. Homère les décrit comme des prétendants, comme des prétentieux du sens de l'Histoire. Ils se trompent violemment. Dès le début de l'Odyssée, Athéna avait prévenu, glissant à l'oreille de Télémaque : Tous auront la vie courte et des noces amères. Ainsi fut fait.

Autant dire que l'affirmation d'un sens déjà-là de l'Histoire est, aux yeux et aux oreilles d'un Grec, la plus tragique des erreurs humaines.

Les aventures d'Ulysse enseignent que ceux qui poursuivent leur propre idéal font surgir leurs ennemis, et non une Vérité. Ce n'est pas pour s'en plaindre. Seulement pour ne pas l'oublier.

Le sens de l'Histoire : une histoire du messianisme politique, par Jean-François Gautier.

Les commentaires sont fermés.