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01/04/2017

Parce qu'on n'a pas le choix...

L'Europe est entrée en dormition, écrit l'historien Dominique Venner. Son portrait d'Ernst Jünger, paru aux Editions du Rocher en 2009, nous indique un autre destin possible.

Ce livre austère mais stimulant — à notre connaissance, la première biographie de Jünger en français — élude le spiritualisme du mage de Wilflingen. La plupart des critiques français négligent des livres comme le Cœur aventureux, le Mur du temps ou les Ciseaux, imprégnés d'illuminisme, de romantisme allemand, voire d'astrologie. Un travail reste à écrire sur les influences occultistes de Jünger dont on sait qu'il s'intéressa à l'alchimie.

Venner paganise fortement Jünger alors que ce dernier, sans se définir comme chrétien, fut un fervent lecteur de la Bible, en particulier de l'Ancien testament... et des apocryphes. En outre, il est assez piquant de constater que Jünger, célébré par les milieux identitaires, fut plutôt favorable à l'islam et manifesta toujours un tropisme africain, et même maghrébin.

Cela n'enlève rien aux qualités du livre de Venner, éloge du volontarisme politique, remède à la désespérance, antidote à la médiocrité libérale-belgicaine, et dont voici un extrait. Never complain, never explain... Die trying !

*

Quand un romancier dit de son personnage que sa mort lui a donné un destin, il entend que les circonstances de cette mort ont donné un sens à la vie de son personnage, conférant à celui-ci une forme, une stature.

Mais quand un autre romancier dit que le destin de son personnage était de finir comme une épave ou un héros, il entend destin comme synonyme de sort ou de fortune, au sens antique.

De façon analogue, on parlera de la destinée d'un peuple ou d'une civilisation, autrement dit de son existence ou de son avenir historique.

Nous gravissons un échelon lorsque, dans l'Iliade, Homère dit que les dieux eux-mêmes sont soumis au Destin, avec une majuscule... Le Destin figure ici les forces mystérieuses qui s'imposent aux hommes et même aux dieux, sans que la raison humaine puisse les expliquer.

Ce n'est pas la Providence des chrétiens, puisque celle-ci résulte d'un plan divin qui se veut intelligible, au moins pour l'Eglise.

C'est en revanche un autre nom pour la fatalité. Pour répondre à cette dernière, les stoïciens et, de façon différente Nietzsche, parlent d'amor fati, l'amour du destin, l'approbation de ce qui est parce qu'on n'a pas le choix, rien d'autre en dehors du réel.

Approbation contestée par toute une part de la tradition européenne qui, depuis l'Iliade, a magnifié le refus de la fatalité... Poursuivi par Achille, Hector se sent soudain abandonné :

« Hélas ! Point de doute, les dieux m'appellent à la mort. Et voici maintenant le Destin qui me tient. Eh bien ! Non, je n'entends pas mourir sans lutte, ni gloire. Il dit et il tire le glaive pointu pendu à son flanc, le glaive grand et fort, puis, se ramassant, il s'élance tel l'aigle de haut vol qui s'en va vers la plaine... »

L'essentiel est dit. Hector est l'incarnation du courage tragique, d'une insurrection contre l'arrêt du Destin qu'il sait pourtant inexorable.

Tout est perdu, mais au moins peut-il combattre et mourir en beauté.

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