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03/04/2017

Vieillards terribles

Dans le rêve, tu es de retour parmi eux. L'équipe au complet : cette idiote de Classe — on dirait Tante Sidonie —, l'affreux Jojo, Danny la Dingue en costume d'Arlequin et puis, d'autres silhouettes surgies du passé, comme un roman de Gombrowicz.

Que font-ils ? On dirait qu'ils poursuivent une conversation entamée pendant ton absence, comme si tu t'étais éclipsé cinq minutes, avant de reprendre ta place. Mais tu sais que c'est faux. Tout ça, c'était il y a longtemps, dans une autre vie...

Tandis que les spectres continuent à parler dans le vide, tu te fais la réflexion : nous sommes les personnages d'un livre aux pages uniformément blanches, blanches parce que nous n'avons pas d'Histoire. Nous sommes les fantômes de la Wallonie, en attente d'incarnation, et nous allons continuer à flotter ainsi, pendant des siècles et des siècles...

La veille, avant de te coucher, tu avais regardé le début d'une rediffusion sur les mineurs du Borinage, dans les années soixante : de vieux bonshommes brèche-dents, à l'œil bovin, en pardessus et chapeaux, déjà anachroniques pour l'époque. Il s'en dégageait une impression de veulerie, de bêtise crasse, de complaisance, en un mot de belgitude.

A la fin de cette lugubre kermesse, la caméra suivait un vieillard qui descendait avec peine un escalier tapissé d'affiches du parti socialiste. On le voyait monter à l'arrière d'un taxi, puis s'éloigner à travers un paysage de ruines, de bâtiments effondrés, aux vitres en morceaux. Travelling sur les corons... Wallonie année zéro...

Dans le rêve, comme s'il avait capté tes pensées, l'affreux Jojo t'adresse des gestes obscènes. Il te désigne Danny et son costume multicolore. Avec ses cheveux gris, elle ressemble aussi à une petite vieille. On distingue un mollet gras et blanc par l'échancrure de sa robe. Cette vision t'inspire dégoût et pitié — ne parlons plus de ça...

Hélas, les autres continuent leurs palabres : cette sous-culture qui ne rime à rien, ce brouillard qui flotte sur un terrain vague, cette mélasse de ministère bruxellois qui nous empêche de donner un corps à la Wallonie, un sens à nos actes, à nos vies. Et pendant ce temps, l'affreux Jojo tire la langue en roulant des yeux.

Assez ! parviens-tu à prononcer d'un ton menaçant. J'en ai assez ! Vous avez compris !

A ces mots, des masques de vieillards édentés se tournent vers toi, belges à faire peur, figés dans une grimace d'effroi, puis lentement, il commencent à reculer, à s'estomper.

Never explain, never complain... Il suffit de dire stop !

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