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05/04/2017

Impossible coup de force

Etre royaliste en France, c'est comme être rattachiste et républicain en Wallonie. En théorie, cela semble raisonnable. En pratique, c'est autre chose.

Que reste-t-il du félibrige Charles Maurras ? Ses livres ne sont plus réédités, sa pensée nous paraît ésotérique par endroits. Ironiquement, le très germanophobe Maurras s'intéressait d'avantage aux flamingants qu'aux Wallons, pourtant d'esprit latin. Et lorsqu'il préconisait une union latine, il citait l'Italie, l'Espagne, voire les Catalans... jamais un mot sur nous, les Wallons.

De leur côté, les belgicains, toujours aussi bêtes et méchants, y virent souvent midi à leur porte. Regardez, comme nous les belges, avec notre roi, nous sommes tellement meilleurs que vous autres Français...

A un détail près : le fédéralisme de Maurras, nous le voyons à l'œuvre ; tantôt flamand, tantôt wallon, il précipite la dislocation de l'entité belgicaine, les forces centrifuges l'emportant à la fois sur le monarque, simple automate en hôtel garni, et sur le pays réel, inexistant, car clivé dès le départ.

Flamands et Wallons n'ont jamais été d'accord non plus sur la fonction royale, qui n'assure en rien l'unité du pays. Ce n'est pas la monarchie qui tient la Belgique, c'est l'oligarchie maçonnique bruxelloise qui se cramponne à sa monarchie. S'il existe un peuple de France, une réalité charnelle des terroirs, il n'y a jamais eu de peuple belge. Deux provinces ne font pas une nation... tout juste un laboratoire. 

Dans une passionnante biographie, Stéphane Giocanti retrace le parcours du publiciste d'Action française. Charles Maurras, homme d'ordre qui sema le chaos, théoricien du fédéralisme, antisémite modéré qui révéla Proust et qui s'opposa au racisme biologique des hitlériens, catholique anti-chrétien, condamné par Pie XI, royaliste finalement lâché par le candidat au trône de France...

Dès les années trente, Maurras n'incarnait plus qu'une France du passé : « il était un contemporain de Taine et de Fachoda entré dans l'ère de Citroën et de Charles Trenet », autrement dit, un déclassé.

L'extrait qui suit relève une contradiction majeure de Maurras.

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En se référant au Général George Monk, qui remit Charles II sur le trône d'Angleterre, Maurras évoque l'acteur inconnu qui, en France, pourrait profiter d'une crise politique pour rétablir la monarchie. Or, la République ne manque pas d'affaires : scandale du trafic des décorations, boulangisme, Panama, attentats anarchistes, puis Affaire Dreyfus. 

« Par habitude, on est résigné au fait républicain. Mais au cours des précédentes affaires, il fut toujours une heure où la colère et l'inquiétude aiguisant le bon sens public, les citoyens voyaient le fond de l'absurdité du régime. Ce Monk français ne serait pas nécessairement un soldat et je le préfère en civil. »

Sa propre mission politique n'est que de participer à l'éducation de cet homme. Et Maurras poursuit cette proclamation à la romaine :

« Nous écrivons pour Monk. Monk nous lit. Monk attend l'occasion complice qui lui permettra de surgir et de se faire le serviteur intelligent des nécessités du pays.» Cette campagne s'achève par un portrait satirique de Jean Jaurès.

Sur le plan politique, elle ne présente qu'un défaut qui eût sauté aux yeux de Machiavel ou de Trotski : Maurras n'est pas un homme de secret, il abat les cartes.

C'est un propagandiste, un avocat, un théoricien, moins un homme d'action, et il se trouve peut-être prisonnier d'une contradiction irréductible entre le caractère traditionnel de la monarchie et le caractère volontariste du coup de force qui la rétablirait.

Stéphane Giocanti : Maurras, le chaos et l'ordre

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