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12/06/2017

Docteur Popol Vuh

Il paraît que je manque de vitamine D...

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Tout le monde raffole du macabre, mais nous redoutons tous le tragique. Le macabre, c'est la version grotesque du tragique.

Le tragique : votre médecin vous annonce que vous souffrez d'une maladie incurable. Le macabre : vous lui répondez d'une voix blanche Vous plaisantez, docteur ?

Le public aime les vampires parce que le vampire exprime une vérité tragique sur un mode dérisoire : la peur de ne pas parvenir à mourir. Dans le Nosferatu d'Herzog, Klaus Kinski déclare : C'est épuisant de ne pouvoir vieillir, de voir mourir tout le monde autour de soi, de revivre sans cesse les mêmes futilités...

Dans sa biographie de Vladimir Tépès, alias Dracula, voici ce qu'écrit l'historien roumain, Matei Cazacu.

Le vampirisme intéresse les Occidentaux depuis le dix-huitième siècle car il s'intègre dans un débat plus large sur les signes extérieurs de la mort, sur une mort apparente, mort imparfaite et sur les questions liées aux sépultures en dehors des villes, mais aussi sur la nécessité du certificat médical de décès pour lesquels ont milité des savants français comme l'anatomiste Jacques-Bénigne Winslow et son disciple Jean-Jacques Bruhier d'Albaincourt.

Dans un bref essai, Vampires et lumières, Charles Porset explique l'engouement vampirique du dix-huitième siècle par l'influence des théories mécanicistes sur la médecine légale : le vampire serait une déclinaison post-mortem de l'Homme-machine de La Mettrie et du canard de Vaucanson. Un canard au sang ? De la mécanique plaquée sur du mort-vivant ? Un peu de tout cela...

Les deux plus vieilles peurs de l'humanité sont la peur de la mort violente et la peur de la mort sans fin. Toutes les civilisations ont élaboré des rites pour aider les défunts à passer le cap... Mais surtout pour les empêcher de revenir — comme dit le droit, le mort saisit le vif.

C'est le cas des Egyptiens, avec le voyage de l'âme immortelle à bord de la barque d'Anubis à travers un labyrinthe, mais c'est aussi le sens du Livre de la libération par l'écoute, le Bardo-Thödol, un livre aussi important que la Bible, et auquel ce blogue a consacré plusieurs articles et lectures.

Mourir, dormir, rêver peut-être... Le terme Bardo désigne également le rêve, parce que le rêve constitue le premier degré qui mène vers ce lieu où les contraires cessent de s'opposer, où le temps se réduit à une simultanéité anti-historique et où l'espace évoque un tableau cubiste... 

Cela explique le sentiment de dissolution que produisent certains songes, comme une sorte d'électrolyse dont on se réveille glacé. Le froid marque l'approche d'une limite, nous avons frôlé la barque du passeur.

A la frontière de l'invisible, l'angoisse est un sixième sens. Il y a songe, et non pas rêve, quand une vérité venue d'ailleurs nous traverse et la vérité est rarement du côté de la conscience. 

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