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15/06/2017

Moulin à complots

Dans un fascicule intitulé Un mythe occultiste démasqué, les prétendus liens entre le Tibet et le national-socialisme, paru aux Cercle d'Etudes Tibétaines, à Lausanne, la spécialiste de l'Asie centrale, Irsun Engelhardt démontre que Hitler ne s'intéressait aucunement à l'occultisme, qu'il méprisait l'astrologie et persécutait les cercles théosophiques.

Dès 1937, un décret interdit toute activité occultiste en Allemagne. Un an plus tard, Hitler déclarait : « La présence de ceux qui s'intéressent à l'au-delà ne peut être tolérée. Ce ne sont pas des nationaux-socialistes, mais autre chose, certainement quelque chose avec quoi nous n'avons rien à faire. »

Engelhardt démonte les légendes selon lesquelles l'expédition Schäfer au Tibet, en 1938, aurait tenté d'établir des contacts avec des supérieurs inconnus ou avec des maîtres secrets cachés sur le toit du monde.

L'origine de ces légendes se trouve chez le mystérieux Teddy Legrand, pseudonyme d'un agent des services de renseignements français, auteur des Sept têtes du dragon vert, en 1933. Enfin, il faut ajouter les noms de Louis Jacolliot, de Saint-Yves d'Alveydre et du mythomane Jacques Bergier. 

Non seulement l'expédition Schäfer au Tibet ne poursuivait que des buts anthropologiques, mais, et c'est là où l'affaire devient drôle, certains nazis se méfiaient du Tibet pour des raisons elles-mêmes farfelues — en revanche, jamais Hitler n'y aurait porté d'intérêt.

Voici un extrait. 

*

Existe-t-il une quelconque preuve dans les écrits des nazis eux-mêmes concernant un lien avec le Tibet ?

Ici surgit un paradoxe cocasse, un de ceux qui démontrent d'une manière dévastatrice l'absurdité des mythes et des imputations relatifs à une collaboration occulte avec les maîtres secrets du monde, réputés d'origine tibétaine.

A partir des années trente, un certain nombre d'écrits nationaux-socialistes, qui connurent de grands tirages, peignirent le tableau diamétralement opposé d'un complot mondial tibétain dirigé contre l'Allemagne et l'Europe, thème qui fut développé par un autre groupe de crypto-historiens qui utilisaient les mêmes techniques que nous avons vues dans le cas du mythe de la connexion tibétaine.

Dans ses vues conspirationnistes, Rosenberg [...] attribuait au bouddhisme tibétain des influences négatives sur l'église catholique romaine, comme le chapelet, encore employé aujourd'hui au Tibet, et dont le mécanisme a trouvé un achèvement dans le moulin à prière et le baiser au pied du pape, chose que le Dalaï-Lama exige toujours.

[Selon Rosenberg] le lamaïsme avait fait irruption en Europe sous la forme de cette caste romaine de prêtres et continué la politique orientale des Babyloniens, des Egyptiens et des Etrusques. 

[Pour sa part] Ludendorff était convaincu des agissements de puissances internationales : les juifs, l'église catholique romaine, la franc-maçonnerie. [...]

Vers 1931, sa femme et lui découvrirent le Tibet et les prêtres asiatiques comme un pouvoir de plus au sein du complot international et se mirent à dénoncer les monastères tibétains dont le but était de faire le Dalaï-Lama le maître du monde. [...]

Par conséquent, s'agissant de ces écrits, il est paradoxalement amusant de constater que non seulement ils ne fournissent aucune preuve à l'appui d'un complot nazi-tibétain pour dominer le monde, mais encore qu'ils confirment notre démystification des auteurs et crypto-historiens [qui prétendent que les nazis cherchaient à contracter une telle alliance avec les autorités tibétaines]

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Dudule ou Loulou, choisis ton arme...

*

Nous sommes tous conspirationnistes : il faut bien expliquer la réalité par l'invisible dès lors que ses causes objectives nous échappent. 

Ainsi, lorsque Rudolf Hess atterrit en Angleterre, les services de renseignements qui le capturèrent lui auraient demandé : alors, c'est vous le cinglé ? Ce à quoi Hess aurait répondu : Oh non, moi, je ne suis que le second.

L'anecdote est sans doute imaginaire... Contrairement au cliché, Hitler n'était ni un inculte — il possédait, paraît-il, une solide bibliothèque — et encore moins un mage noir. Le fascisme italien, à l'inverse du national-socialisme, aurait disposé d'une base ésotérique plus solide, avec l'appoint de certains francs-maçons.

Il n'empêche... Peut-on raisonnablement faire confiance à quelqu'un qui ne s'intéressait ni à l'occultisme, ni aux films de Louise Brooks ? 

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