Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

19/06/2017

Un mal qui répand la terreur...

 

Jean Vitaux, médecin et historien, livre une passionnante Histoire de la peste qui recense et décrit les trois pandémies mondiales, au quatorzième siècle, dix-septième et dix-huitième siècle, puis fin dix-neuvième, début vingtième siècle. 

« Les trois pandémies sont apparues et ont disparu sans le concours de la médecine, alors totalement inefficace. » La découverte du bacille remonte seulement à 1894, par le français Alexandre Yersin, suivi de Paul-Louis Simond, surnommé le magicien des puces. 

L'auteur décrit les acteurs de l'épidémie, en particulier le rat et son parasite la puce, ainsi que la rémanence du fléau dans l'imagination populaire. Il aborde également la peste comme méthode poliorcétique et comme arme bactériologique.

On lira avec intérêt l'histoire de la fameuse unité 731 de l'armée japonaise, active dès les années trente en Mandchourie, dans laquelle s'illustra le médecin militaire Shiro Ishii, véritable savant fou qui procédait à des expérimentations humaines.

Non seulement les crimes commis par l'unité 731 ne furent pas évoqués lors du procès des criminels de guerre japonais en 1946, à Tokyo, mais l'équipe d'Ishii fut récupérée par les Américains et par les soviétiques. Voici un extrait...

*

A partir de 1950, on construisit en Arkansas (Etats-Unis) une usine pour produire en série des agents infectieux destinés à la guerre bactériologique et à Fort Detrick on étudiait sans cesse les insectes vecteurs de maladies que l'on pouvait produire en grandes quantités.

Shiro Ishii fut utilisé par les Américains pendant la guerre de Corée en 1951 et il se rendit dans le pays à plusieurs reprises. Les Chinois et les Nord-Coréens affirmèrent que les Américains avaient lâché en 1952 des puces infectées au bacille de la peste par avion, ce que les intéressés nièrent toujours. [..]

En 1972, les Etats-Unis signèrent la Convention internationale sur l'interdiction des armes bactériologiques et chimiques. Cependant, après l'attentat du 11 septembre 2001, un des suspects dans l'affaire des lettres contaminées par l'anthrax fut un scientifique qui avait travaillé à Fort Detrick, où la souche incriminée aurait été mise au point dans les années 1980.

L'URSS s'est, bien sûr, aussi intéressée aux armes bactériologiques et notamment à la peste. Un institut secret, le Biopreparat, travaillait activement sur de nombreux agents biologiques dont le bacille du charbon, le virus de la variole et le bacille de la peste : les soviétiques sélectionnèrent et modifièrent génétiquement les bacilles de la peste pour les rendre résistant à de nombreux antibiotiques. [...]

Il y eut de nombreux accidents qui touchèrent les chercheurs de ces centres et les habitants voisins. Le plus célèbre est l'épidémie de charbon de 1979 à l'usine de Sverdlovsk. [...] Boris Eltsine, en 1992, reconnut l'étendue de ces programmes de recherche et fit démanteler ces installations. 

Heureusement, les armes bactériologiques sont fort peu maniables et difficiles à employer. Elles risquent, en effet, à moins de disposer d'une vaccination efficace, de se retourner contre leur initiateur.

C'est ce qui se produisit en Chine, en 1942, avec l'utilisation par les Japonais du vibrion cholérique lors de l'attaque de la ville chinoise de Changteh : 1700 soldats japonais en moururent.

La peste a toujours été, avec le bacille du charbon et la variole, au centre des recherches de guerre bactériologique. La menace d'un tel conflit reste cependant toujours d'actualité. [...]

Le bacille de la peste est toujours classé aujourd'hui parmi les agents de bioterrorisme de groupe A par les Centers for Diseases Control and Prevention. [...]

La bactérie de la peste elle-même, Yersina pestis, est d'une très grande variabilité et au fort pouvoir mutagène : si sa dernière mutation fut à l'origine d'un nouvel agent infectieux assez bénin, une nouvelle mutation pourrait donner naissance à une forme très virulente...

*

Les armes bactériologiques risquent de se retourner contre leurs employeurs ? L'argument ne vaut qu'avec un adversaire qui suit une stratégie conventionnelle. Avec des kamikazes, l'argument du boomerang bubonique est aussi dissuasif que la menace d'une déchéance de nationalité.

Le livre de Jean Vitaux date de 2010, avant l'émergence du califat islamique, mais la question qui clôture son livre prend une résonance particulière : A quand la quatrième pandémie ?

Les commentaires sont fermés.