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20/06/2017

On n'est pas des Guieux !

 

Qu'est-ce que le peuple a fait aux intellectuels pour mériter ça ? se demande le sociologue et historien des sciences Pierre Lagrange dans une enquête démystificatrice : La Guerre des mondes a-t-elle eu lieu ?

Le 30 octobre 1938, un an après le crash du Hindenburg, le jeune Orson Welles adapte à la radio new-yorkaise La Guerre des mondes, le roman de Herbert George Wells, une histoire qu'il considère par ailleurs comme vieillotte et peu intéressante. Les Martiens débarquent dans le New Jersey...

Il en aurait résulté une vague de panique : embouteillages, foules hurlantes, défenestrations et même suicides. La presse rapportant par la suite l'anecdote d'une auditrice qui aurait brandi une bouteille de poison devant son mari : plutôt mourir que de finir comme ça

En réalité, ceux qui cédèrent à la panique furent une minorité et jamais ils ne s'affolèrent au point de commettre de tels actes de désespoir. D'ailleurs, il suffisait de consulter le programme ou de changer de station radio pour s'apercevoir qu'il s'agissait d'une fiction.

Néanmoins, les biographes de Welles insistèrent sur ces quelques cas, pour mieux encenser leur idole et les journalistes se recopièrent ensuite les uns les autres... jusque dans les années 80 où les premières critiques émergèrent sur cette légende urbaine.

Les milieux scientifiques déplorent la crédulité des masses et affirment que le progrès scientifique ne les a pas rendues moins superstitieuses. Or, comme l'explique Pierre Lagrange, la science ne rend pas le monde plus sûr, plus prédictible, mais plus incertain. Nous ne vivons pas dans un monde plus scientifique, mais plus expérimental... donc, on a bien raison de s'en faire.

« Les naïfs ne sont pas ceux qui s'inquiètent d'une attaque de martiens — cohérente avec le monde dans lequel nous vivons et où les Martiens ont remplacé les prodiges — mais ceux qui n'ont pas pris la juste mesure des nouveaux risques engendrés par le savoir scientifique. »

Le dix-neuvième siècle a vu naître des théories sociologiques, notamment chez Gustave Le Bon, sur l'irrationalité des masses. Or, l'irrationnel n'existe pas. On peut se tromper en raisonnant, ou raisonner à partir d'un postulat faux, mais nous raisonnons tous.

Ensuite, il se pourrait que les foules soient moins bêtes que la rumeur rationaliste ne cherche à le faire croire. 

En effet, si les rationalistes sont ceux qui ont le plus cru à la rumeur de la panique de 1938 et s'ils ont continué à colporter cette légende durant des années, sans vérifier si elle était vraie — Lagrange fournit quelques exemples croquignolets — sont-ils eux-mêmes si rationalistes qu'ils le prétendent ?

Inversement, ces New-Yorkais anonymes de 1938 qui passent des coups de fil, qui sortent dans la rue et qui vont les uns vers les autres pour demander ce qui se passe, témoignent bien moins d'une dislocation des repères sociaux que de leur renforcement.

Non seulement, la société ne s'est pas effondrée à l'annonce d'une nouvelle incroyable, le débarquement des Martiens, mais ce sont les gens ordinaires qui ont bien plus vite fait la part des choses que les classes éduquées qui continuèrent à véhiculer la rumeur d'une psychose collective. 

En conclusion, Lagrange compare l'émission radiophonique d'Orson Welles avec les attentats du onze septembre où, là aussi, la mort venait du ciel. Le monde nous réserve chaque jour des surprises et notre vie pourrait de plus en plus se présenter sous la forme d'un bulletin radio d'Orson Welles.

De là à dire qu'il n'est pas plus idiot de croire à la thèse officielle du onze septembre qu'aux soucoupes volantes...

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