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25/06/2017

Wanderer ins Nichts

— Seuls les enseignements que nous envoie notre propre esprit viennent à leur heure et nous trouvent mûrs pour les recevoir. Quant aux révélations reçues par les autres, elles doivent désormais vous laisser sourd et aveugle. Le sentier qui conduit à la vie éternelle n'est pas plus large que le tranchant d'une lame. Vous ne pouvez pas aider les autres quand vous les voyez chanceler, et vous ne devez non plus attendre d'eux aucune aide. Celui qui regarde aux autres perd l'équilibre et tombe dans l'abîme. Dans ce domaine, il n'y a pas, comme dans le monde, de marche en avant collective et c'est pourquoi on ne peut absolument pas se passer d'un guide : il faut qu'il vienne du royaume de l'esprit. [...] Tout ce qui ne vient pas de l'esprit n'est que poussière inerte, et nous ne voulons prier d'autre Dieu que celui qui se révèle dans notre âme.

— Mais si aucun Dieu ne se révèle en moi ? demanda-t-elle avec désespoir.

— Alors, il faut, dans le silence, crier vers lui, avec toute la ferveur dont vous êtes capable.

— Et croyez-vous qu'alors il viendra ? Ce serait trop facile.

— Il viendra ! Mais ne vous effrayez pas : il viendra d'abord comme justicier de vos actions passées, sous les traits du Dieu terrible de l'Ancien Testament qui a dit œil pour œil, dent pour dent. Il se manifestera par des changements brusques dans votre vie extérieure. Il vous faudra d'abord tout perdre... même Dieu, si vous voulez toujours pouvoir le retrouver. Ce n'est que lorsque l'image que vous avez de lui sera épurée de toute idée, de toute configuration et de forme, de toute notion d'extériorité et d'intériorité, de créature et de créature, d'esprit et de matière que vous le...

— Verrez ?

— Non, jamais. Mais que vous verrez par ses yeux. Alors vous serez libéré de la terre, car votre vie ne sera plus la vôtre mais la sienne, et votre conscience ne sera plus fonction de votre corps, qui s'en ira vers la tombe comme une ombre désincarnée.

Gustav Meyrink : Le visage vert

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