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07/07/2017

Mort à l'aurore

 

Un brave garçon un peu dérangé...

De quoi est mort Isidore Ducasse (1846-1870), alias comte de Lautréamont, auteur des Chants de Maldoror ? Plusieurs pistes.

Un : Ducasse était toxicomane et succomba après l'absorption d'une dose létale de belladone. Au moins cette légende a-t-elle une origine claire qui est le début du Chant II: Où est-il passé ce premier chant de Maldoror depuis que sa bouche, pleine des feuilles de la belladone, le laissa échapper.

Deux : Ducasse est mort de faim, victime de la famine qui sévissait dans la capitale. Le siège de 1870 aurait laissé le jeune écrivain totalement démuni en le privant des mensualités paternelles.

La banque n'aurait plus reçu les envois de Montevideo. En réalité, la pension que le père ambassadeur versait au fils était prise directement sur les mensualités que le Ministère versait à Ducasse père et rien ne justifiait son interruption.

Trois : Ducasse, qui aurait joué les agitateurs publics dans quelque club, aurait été suicidé par la police pour des raisons politiques.

Selon le critique Daniel-Adrian de Graaf, l'écrivain aurait été suspect aux yeux des autorités comme étant de nationalité américaine : un étranger natif d'Uruguay, célibataire, vivant solitaire, ne sortant guère, écrivant des proses bizarres. Selon ce critique, la mort de Ducasse aurait été liée à un acte violent dont les autorités se sont bien gardées de faire transpirer le secret en 1890.

En réalité, cette rumeur s'explique probablement par la confusion du surréaliste Philippe Soupault qui, dans les années vingt, confondit Félix Ducasse, un agitateur cité par Jules Vallès dans l'Insurgé, avec Isidore Ducasse... « un brave garçon un peu dérangé », selon la formule d'un de ses proches, mais loin d'un révolutionnaire.

Il reste la possibilité que Ducasse se soit donné la mort, mais rien dans l'acte de décès, ni dans son inhumation ne le prouve : Ducasse fut enterré religieusement. Quelle pathologie infectieuse a pu emporter le jeune poète de vingt-six ans ? Choléra ? Variole ? Fièvre typhoïde ? Scarlatine ? 

Destin pathétique que celui d'Isidore Ducasse, élevé à Montevideo, dans un pays qui sortait de la guerre et mort dans un pays qui venait d'y entrer, venu au monde et disparu dans des villes assiégées, né et mort à l'aurore...

Jean-Jacques Lefrère : Isidore Ducasse, auteur des chants de Maldoror, par le comte de Lautréamont, adaptation Wallonie underground.

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