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08/07/2017

Super Creeps

 

Brad Pitt joue très mal le psychotique, te déclara quelqu'un qui s'y connaissait.

En réalité, les acteurs américains jouent très mal, quel que soit leur rôle. Pacino, De Niro, Nicholson, ces grimaciers sont les pères spirituels et indignes des racailles qui répètent leur rôle devant le miroir. Tu me respectes ? C'est à moi que tu parles, etc.

Simuler la folie, c'est déjà la folie... Mais n'est pas fou qui veut. Quand ton père fut muté dans le spécial, il commença par en plaisanter : je suis un mutant... Lorsqu'il abaissa la vitre de la voiture, pour demander son chemin, un badaud lui répondit : l'école des fous, c'est là-bas !

Les types 1, les types 2, les types 3... Toute la gamme, jusqu'à 8 et au-delà. Ton père t'avait montré la classification. L'oubli a effacé les mots, mais il s'agissait d'une sorte de pyramide pathologique... La neutralité du vocabulaire laissait deviner le pire.

Tu repenses souvent aux histoires qu'il vous racontait, à ta mère et toi, sous le sceau du secret : surtout, ne le répétez pas...

Maintenant, il y a prescription. Et puis, à l'époque, ces fantômes nous ont assez gâché la vie. Bien sûr, tous n'étaient pas méchants... Mais il y avait quelque chose de honteux à dire : mon père travaille chez les fous, surtout quand on est soi-même suspect.

Tu te souviens de Morlar qui dessinait des monstres, et il ne se débrouillait pas trop mal. Tu te souviens d'Elvis, un trisomique que les autres avaient surnommé ainsi parce qu'il ressemblait au King, et qui hululait lugubrement sur les bords du terrain.

Tu te souviens du skinhead anonyme, le seul à l'époque, avec son t-shirt à aigle noire, ses bretelles détachées, ses godillots et qui dormait, paraît-il, avec une photo d'Hitler au-dessus de son lit. « Mais enfin, lui répétait ton père, remets tes bretelles... un peu de tenue ! » 

Tu te souviens d'un type recroquevillé à l'arrière du bus, tassé sous la fenêtre et qui déclara à ton père : je ne veux pas que le quartier sache que je vais dans cette école-là.

Tu te souviens aussi des « vélos comiques » : des bicyclettes assemblées par les élèves pour la fancy-fair : les pédales fonctionnaient à rebours, les roues étaient dissymétriques, le guidon décrivait des arabesques ; les fous savent être créatifs, plus que les élèves d'un lycée ordinaire.

Attention, mon ami... Vous allez finir dans le spécial... Au lycée, certains profs brandissaient cette épée de Damoclès. Tu rentrais la tête dans les épaules, de peur d'attirer l'attention. 

Le plus drôle, c'est qu'en général, les plus alcooliques et les plus dépressifs prétendaient que l'école nous épanouirait, que nous avions une chance inouïe, qu'on avait tellement bon d'être belges... 

Finalement, quand on connaît la suite, il aurait peut-être mieux valu partir là-bas, chez les fous, avec Morlar, Elvis et les skinheads, plutôt que de rester avec ces crétins du lycée. Au moins, tu aurais appris à dessiner, à chanter, à bricoler des bicyclettes... 

La seule vraie maladie mentale, la pathologie qui nous rend tous malades, c'est leur Belgique.

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