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12/07/2017

Rue barbare

 

Juste à côté de la librairie, sous le porche de l'immeuble, gît un cadavre en survêtement de sports.

Le type repose sur le ventre, bras le long du corps, la tête dans un paquet de journaux. Un capuchon dissimule ses traits, la tête tournée vers les portes vitrées. S'il n'est pas mort, c'est tout comme...

D'ordinaire, les clochards établissent une sorte de camp de fortune, ils entassent leurs possessions, pour se protéger du froid et de leurs congénères, mais celui-ci n'a rien, pas même une seringue, juste la misère en jogging et ce dénuement a quelque chose d'insoutenable.

Il pleut. La vitrine de la librairie brille avec ses affiches vantant le goût débile de la lecture et les badauds avancent sur le trottoir. Pourtant, les épaves sont de plus en plus nombreuses. Jamais tu n'en as croisé autant, sur les ponts, dans les halls d'immeuble, sur les marches de la gare... On dirait une épidémie.

Tu repenses à cette nouvelle fantastique dans laquelle un assistant social voit des éclopés partout.

Il les retrouve dans son intimité, à table quand il mange avec sa femme et ses enfants, dans sa chambre à coucher, allongés dans son lit, dans la penderie entre les vêtements, dans son garage, couchés sous la voiture, suicidés par le pot d'échappement... Evidemment, ils finissent par le submerger.

Le plus effrayant dans l'histoire, c'est qu'ils ne sont même pas agressifs. Ils restent simplement là, à attendre, à rôder comme les ombres des vivants, comme un état de choses, une fatalité qui nous guette. 

Cafard, bad trip, idées noires, avalé par l'espace au fond d'un entonnoir...

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