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14/07/2017

Guêpes maçonnes

 

... l'opium des mornes anéantissements

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Dans sa biographie volontiers facétieuse d'Isidore Ducasse, Jean-Jacques Lefrère s'interroge sur la provenance de certains passages des Chants de Maldoror.

La poésie doit être l'œuvre de tous... Ducasse vampirisa de nombreux poètes — Dante, Pascal, Goethe — en les détournant de leur sens. 

Mais il s'appropria aussi clandestinement des passages entiers d'encyclopédie naturelle — on ne s'en aperçut que dans les années cinquante du vingtième siècle —, voire des placards publicitaires — la fameuse comparaison beau comme la rencontre d'un parapluie et d'une machine à coudre sur une table de dissection proviendrait... d'un annuaire espagnol ! 

Parlez-vous le Lautréamont, ce comte sans comté, ce noble sans prénom, qui n'est pas sans évoquer le comte Dracula, et derrière lequel se cache Maldoror, alias Isidore Ducasse... 

Le temple antique de Denderah est situé à une heure et demie de la rive gauche du Nil. Aujourd'hui, des phalanges innombrables de guêpes se sont emparées des rigoles et des corniches. Elles voltigent autour des colonnes, comme les ondes épaisses d'une chevelure noire. Seuls habitants du froid portique, ils gardent l'entrée des vestibules, comme un droit héréditaire. Je compare le bourdonnement de leurs ailes métalliques, au choc incessant des glaçons, précipités les uns contre les autres, pendant la débâcle des mers polaires.

Cette image pour le moins saisissante d'un essaim de guêpes reste un des mystères non-élucidé des Chants de Maldoror.

Ducasse aurait-il rencontré en Uruguay l'égyptologue Gaston Maspéro, en mission à la même époque à Montevideo, chargé d'établir la parenté entre égyptien ancien et langue quecha des Incas ?   

Tous les livres sur Dendérah répètent que le monument est à soixante kilomètres au nord de Louxor, mais aucun n'indique qu'il est situé à une heure et demie de la rive gauche du Nil, ni qu'il est habité par des phalanges innombrables de guêpes.

L'Egypte était alors en pleine idylle avec la France. Pour l'exposition universelle de 1867, les parois extérieures du sanctuaire principal de Dendérah avaient été reconstituées. Peut-être Ducasse a-t-il utilisé un texte paru à l'occasion de cette reconstitution.

Le célèbre zodiaque de Dendérah « acquis » par le gouvernement français en 1920 se trouve aujourd'hui dans une des salles égyptiennes du Louvre, après avoir été longtemps accroché au mur d'une pièce du rez-de-chaussée de la Bibliothèque Nationale de Paris.

Son fluide magique viendra-t-il en aide aux chercheurs qui traquent les guêpes de Maldoror?

C'est le moment d'entonner les couplets que chante un chœur de momies dans Le Zodiaque à Paris, vaudeville en un acte, créé le 2 septembre 1822 au théâtre du Gymnase dramatique :

Ah ! Ah ! Ah ! Qui donc nous rendra nos sculptures et nos peintures. Ah ! Ah ! Ah ! Qui donc nous rendra le Zodiaque de Dendra ?

Vers 1958, le professeur François Daumas, directeur de l'Institut d'Archéologie française au Caire, demanda au directeur du Service des Antiquités Egyptiennes de nettoyer la façade et les parois du temple de Dendérah et d'en chasser les guêpes maçonnes dont les nids couvraient de précieuses descriptions.

La réalité imite l'art et non le contraire...

Extrait et adaptation de Isidore Ducasse : auteur des Chants de Maldoror, par Jean-Jacques Lefrère, éditions Fayard.

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