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16/07/2017

Mais tu connais la vérité...

 

Nous sommes des dormants pleins des images à demi effacées de l'Eden perdu, des mendiants aveugles au seuil d'un palais dont la porte est close — Léon Bloy.

Le paradis n'existe pas, même pas en rêve, du moins pas dans ce monde-ci. Toutefois, certains songes nous permettent de comprendre la Chute. Ils en procurent une rémanence sensible, en particulier lorsqu'ils nous ramènent à des endroits familiers, à des endroits qui n'existent plus, où on ne peut revenir dans la réalité. 

Te te retrouves Chaussée de Liège, où tu as passé une partie de ton enfance, sur le seuil de la maison de tes grands-parents — souvent, en rêve, il t'arrive de franchir la porte, de parcourir la bibliothèque, plongée dans une pénombre d'outre-temps, de gravir l'escalier vers des hauteurs bleutées, où le regard distingue des fenêtres traversées par la lumière d'un jardin.

En rêve, nous passons à travers les murs et les objets à la manière d'un courant électrique, de sorte que nous percevons les choses selon plusieurs angles à la fois, selon un mode impossible à l'état de veille.

Hélas, cette fois, la porte d'entrée demeure obstinément close ; sa solidité et sa couleur mate ne présagent rien de bon. On dirait même qu'elle est murée, ou qu'il s'agit d'un trompe-l'œil.

Lorsque tu te retournes, tu découvres que tu n'es pas seul. Un bonhomme qui te ressemble comme un frère se tient sur le trottoir. Il est beaucoup plus corpulent que toi, presque trapu, mais son regard un peu fou et ses cheveux blond frisé ont un indéniable air de famille.

Tu reconnais un cousin perdu de vue depuis des siècles. Il pousse un landau dans lequel se devine une forme emmaillotée — son fils, qui doit être grand aujourd'hui, mais dont tu ignores de quoi il a l'air. Le visage du cousin exprime une stupéfaction mêlée d'angoisse, comme si cette porte scellée lui coupait le souffle.

Face à son désarroi, tu ressens une profonde, une accablante sensation de tristesse, presque une envie de pleurer. Malgré tout ce qui vous sépare, tu voudrais lui taper sur l'épaule, le consoler : Tout n'est pas perdu... Les Wallons s'en sortiront... Mais tu connais la vérité...

Ce sera encore plus dur pour les générations à venir.

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