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12/08/2017

Adynaton

 

Lorsqu'il poursuit jusqu'au bout la spéculation métaphysique à laquelle le conduisent sa contemplation de l'ombre et l'impossibilité où se trouve l'homme de rien voir au-delà, Victor Hugo va jusqu'à la concevoir dans la voie ouverte par Hésiode comme une substance qui serait en quelque sorte la substance de l'univers.

D'où cette exaltation du chaos dont tout est issu :

Salut, Chaos ! Gloire à la Terre ! / Le Chaos est un dieu ; son geste est l'élément / Et lui seul a ce nom sacré : Commencement.

Dans un mouvement contraire, celui d'une sorte de Genèse inversée, le poème Ce que dit la bouche d'ombre, descend l'échelle des êtres d'où, par des zones sans fin la vie universelle monte, et désigne tout au fond du gouffre :

Quand l'œil ose y descendre / Au-delà de la vie, et du souffle, et du bruit / Un affreux soleil noir d'où rayonne la nuit. 

On est tenté d'assigner à cette image plusieurs origines : la couleur noire associée à la planète Saturne depuis la plus haute antiquité, l'astre noir qui éclipse le soleil au moment de la fin du monde dans Le Dernier homme de Shelley, la comète sombre dans la Melancholia de Dürer.

Mais aucun de ces modèles ne possède à la fois la densité de signification et le pouvoir de fascination de l'adynaton inventé par Hugo.

Max Milner : L'envers du visible, essai sur l'ombre

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