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14/08/2017

Ultra nordique solitude

 

Seul contre tous.

Vous avez vu le film, pas entièrement réussi — cette fin incestueuse, rose bonbon, peu crédible. Mais les décors sont criants de vérité. Ciel bas, maisons au cordeau... Et une silhouette déambule, l'air contrarié. Ses ruminations claquent comme des coups de feu. Nahon, le dernier Wallon...

« Vous avez une araignée », te dit la femme d'ouvrage. Dans le plafond ? La bestiole s'accroche à ta manche. Tu la déposes dehors, sur la pelouse. Nous avons tous une toile dans la tête, une grosse araignée noire qui remue les pattes...

Cette dépression, c'est notre vie. Le Nord ? Ça aussi, ils nous le dénient. Ils nous traitent de sudistes, avec un ricanement de mépris. Plus rien... Nulle part... No man's land... No Walloon's land... A la croisée de la Flandre qui nous hait, de l'Allemagne qui nous écrase et de la France qui nous ignore...

Qu'attendez-vous pour vous sauver ? Le temps passe... Time is thee enemy. Oui, le plus fou, c'est qu'après toutes ces années, ton curriculum soit resté une page blanche. Et combien d'autres dans le cas, combien de vies gâchées pour qu'une nomenklatura de pourris se goberge à Bruxelles ?

Parfois, tu imagines la mimique de la bureaucrate de l'Onem — il n'y a que des femmes dans leurs bureaux — en train de tapoter ses formulaires et qui te demanderait : Quelles étaient vos fonctions, exactement ? Et là, tu gonfles les joues, avec un geste évasif. Mieux vaudrait sortir de prison. Au moins, ils te prendraient au sérieux.

Pour partir d'ici, il faut les réseaux, l'argent. Fatalitas ! Tu repenses à ta grand-mère, les yeux plissés derrière la fumée de cigarette, lorsqu'elle prononçait l'abracadabra du renoncement : Bah, qu'est-ce que tu veux, hein? 

Très tôt, tu as compris qu'il était trop tard. Boris... Véra... Clément... Tous lessivés en usine, troués d'ulcères, les poches percées, des épaves dont on avait honte. Le frère de Boris avait été arrêté pour crime de lèse-majesté. Lui, c'était un brave, un Ukrainien, un coriace. Il avait eu le cran de leur hurler qu'il les haïssait. Il en aurait fallu plus de sa trempe à Grâce-Berleur.

Bref, nous avons raté le coche, familialement, collectivement, en tant que peuple. Au lieu de produire de la colère, du seul-contre-tous, un grand refus fasciste, un coup de pied dans les institutions belgicaines, le fatalisme s'est transformé en complaisance pour ce qui nous détruit. 

Les Wallons ne se sont pas trouvés à droite avec Léon Degrelle, ils ne se sont pas trouvés à gauche avec André Renard et maintenant, ils sont complètement perdus, hideusement belgifiés ; ils foncent tout droit dans le brouillard. Et pendant ce temps-là, les Flamands rigolent grassement et se coupent la meilleure part du gâteau.

On est moins complexés que les autres, s'esclaffe le veule caricaturiste de La Meuse. En effet, vous êtes la décontraction de l'intelligence... Aucun complexe, hormis le complexe de supériorité du crétin qui s'y croit. Ringards, lâches, médiocres et satisfaits. Allez tous brûler en enfer avec votre roi et votre porcherie de gouvernement fédéral...

Il est neuf heures quand tu reviens de la centrale, à pied. Un volet se lève avec un raclement lugubre. Une épave stationne le long du trottoir, criblée d'autocollants d'où se détachent le drapeau américain et I LOVE BELGIUM.

Qu'est-ce que tu veux, hein ?

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