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06/09/2017

On va vous soigner !

 

Nicht mehr fürchte ich die Nacht die mich erduldet... 

*

Je suis fascinée par ce qui est beau, fort, sain, vivant. Je recherche l'harmonie.

Le culte de la santé est déjà l'indice de la maladie, songes-tu ce matin, dans la salle d'attente du docteur, en repensant à cette citation de Leni Riefenstahl. La santé est silencieuse, c'est la maladie qui parle.

Toute ma vie, songes-tu, je n'ai côtoyé que des malades, des dépressifs, des éclopés. C'est un miracle que je ne me sois pas effondré, un miracle que j'aie résisté si longtemps. Car les malades vous entraînent avec eux. 

Ce qui m'a sauvé, songes-tu tandis qu'un couple de vieillards s'assied dans la salle d'attente, c'est ma haine de la Belgique, mon rejet instinctif, quasi animal, de tout ce qui est belge. On ne haïra jamais assez la Belgique. C'est une question d'immunologie, d'anticorps, d'hygiène.

Tout ce qui est belge est malsain, profondément malade, comme leur goût pour la mauvaise nourriture, pour la bière fortement alcoolisée, pour les physiques les plus dégénérés, les mentalités les plus stupides. Les Belges sont des malades qui s'ignorent.

Tout ce qui se dit belge n'est qu'une maladie qui dissimule ses symptômes et plus ils se disent belges, plus ils approfondissent le mal et plus le mal se répand. C'est une loi implacable. 

Cela explique leurs traits bouffis, leur regard vide, leur teint rougeaud, leurs mouvements improbables, leur respiration rauque, mais cela explique surtout ces discours qu'ils répètent sans y croire, d'un ton pâteux, presque liquide : Je l'aime tellement, notre Belgique... Les Flamands sont nos amis... Il faut sauver l'unité du pays...

Grâce aux bons soins du gouvernement fédéral, grâce aux orviétans de la loge locale, le malade a appris à aimer sa maladie, ils s'est laissé submerger, il a renoncé au combat. Désormais, c'est la Belgique qui parle à travers lui.

Toute ma vie, songes-tu dans le silence de la salle d'attente, je n'ai aimé que les Grands Malades : Kleist, Dostoïevski, Bloy, Artaud, Thomas Bernhard, et évidemment Fritz Zorn...

Ce sont des malades qui sont Grands parce qu'ils surmontent leur maladie, parce qu'ils se dressent sur leur propre maladie, comme le baron de Münchhausen se sort des marécages par ses propres cheveux. La Grande Santé, c'est la santé de la maladie.

Du coin du couloir, une voix geignarde, une voix de belge, te parvient comme un horrible écoulement :

— J'ai appris à mordre sur ma chique... Maintenant, je vis avec ça... Et quand mon corps explose, il explose...

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