Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

12/09/2017

Le temps presse

Résultat de recherche d'images pour "clepsydre film"

Dans le rêve, tu es de retour, une fois encore, dans la grande maison de la Chaussée de Liège. Tu tournes le dos au jardin, alors que d'habitude, les points cardinaux sont orientés vers le dehors.

Tu te tiens entre quatre hauts murs, dans cette cour de pierre où tu te souviens avoir vu puiser de l'eau — il y avait une pompe contre le mur et pour un enfant, c'était un spectacle quasi magique de voir l'eau jaillir comme d'un rocher.

Mais il n'est pas question de cela dans le rêve. Sur l'appui de fenêtre qui donne sur la chambre improvisée de Joseph — le diabète l'avait cloué au lit, au fond de la pièce qui servait de salon — se tient un objet impossible, comme il n'en existe que dans les songes.

Anagyre, ruban de Möbius, livre de sable, escalier sans fin... Tous font partie du bric-à-brac onirique. Mais l'objet ne correspond à aucune rubrique : il ressemble à un vase de cristal, à une antenne, à une maison miniature, à un montage empli d'un fluide mystérieux, une sorte de vif-argent.

La lumière qui coule par-dessus les murailles accroche des reflets sur la structure dont tu étudies les oscillations et les mouvements de bascule sans parvenir à comprendre leur message.

Derrière la fenêtre, on devine une présence familière, mais l'ambiance dans la cour s'assombrit : le ciel se couvre. Le temps te manque pour emporter ce Graal et tu décides de le laisser, quitte à revenir le chercher. Quelqu'un t'appelle de l'autre côté...

Tandis que tu contournes les murailles — chose impossible dans la réalité : la cour de pierre était fermée sur elle-même ; ce détail incongru signale que le rêve se termine — un pressentiment te saisit. Il faut l'emporter, maintenant ou jamais...

Lorsque tu reviens dans la cour, l'objet gît en mille morceaux sur le sol. Une main l'aura poussé... Des tessons de verre translucides jonchent lamentablement le pavé. Le sol a absorbé le précieux liquide que contenait la clepsydre. A cet instant, une voix prononce ces mots, d'une voix terrible.

Tu briseras le sablier de ton propre temps.

Au réveil, tu retrouves sans peine l'origine de cette citation. Elle figure dans le Traité du sablier par Ernst Jünger, un essai que tu relis depuis que tu as vingt ans. Quelle est la signification de tout cela ? C'est très simple, je pense.

Le temps nous presse d'autant plus que le sens continue à se dérober.

Écrire un commentaire