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25/02/2017

Poids des mots

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On dit salon du livre et non foire du livre. Foire, c'est pour les bestiaux.

Néanmoins...

Apocalypse bobo

 

Etrange livre que Après la fin du monde : critique de la raison apocalyptique de Michaël Fœssel.

La perspective de la fin du monde, qu'il s'agisse de la célébrer ou de la redouter, nous rendrait aveugles aux possibilités que recèle le présent et nous figerait dans un déjà accompli. « Proclamer la certitude de l'imminence apocalyptique, même pour se donner les moyens de la combattre, revient à figer le temps humain, sous le dénombrement des risques. »

La logique du pire entraîne le principe de sécurité et donc, le renoncement à l'aventure. L'aventure entraîne l'irresponsabilité et le consentement au naufrage, pourvu que la catastrophe soit esthétiquement réussie.

L'auteur privilégie le monde, le possible, à la vie, l'effectif. Ainsi, aux survivalistes, il dirait : survivre ? mais dans quel monde ? Instituer un monde importe plus que d'en conserver un à tout prix. Comme les théories vitalistes, bien qu'il en refuse le qualificatif, Fœssel contourne le problème du mal, qui plus est du mal radical. La fin du monde, au pire, ce n'est jamais que la fin d'un monde. Pensons par-delà cette hypothèse paralysante, affirme l'auteur... 

Quel que soit le brio de l'argumentation, et quoi qu'ait pu en dire Emmanuel Kant, la fin de toute chose est désormais bel et bien possible : un monde sans hommes pour le penser. L'essai de l'auteur date d'octobre 2012... juste avant Daesh et l'hyper-terrorisme. 

Voici un extrait.

*

Un monde que l'on est pressé de voir finir n'est déjà plus un monde. Il s'apparente plutôt à un réel qui semble fonctionner très bien sans nous. Il existe donc une catastrophe qui mérite toutes les attentions...

Est catastrophique un agencement existentiel qui, sous les effets de la technique et des automatismes du vivant, ne permet plus de déceler le possible dans le présent et aborde toute chose sous les traits de la nécessité.

A cet égard, les illusions de la raison apocalyptique proviennent du fait qu'elle interprète comme une fin ce qui pourrait aussi bien être un commencement.

On a vu que les inventions les plus notables de la modernité, notamment l'idée de progrès, furent contemporaines de la conviction de devoir vivre après la fin du monde, à un moment où toutes les certitudes du passé laissaient place au doute.

Un ébranlement nécessaire...

Toutes proportions gardées, nous vivons une époque similaire : la globalisation du capitalisme avec sa dimension technologique place les individus face à un réel qui tranche sur les attentes d'édification d'un monde commun...

Aussi longtemps qu'il ne prétend pas à la rationalité scientifique, l'imaginaire de la fin du monde est à l'origine d'un ébranlement qui peut être nécessaire à la pensée. Sade en propose une illustration fulgurante lorsqu'il inscrit la catastrophe à l'intérieur d'une érotique :

Un jour considérant l'Etna dont le sein vomissait des flammes, je désirai être ce célèbre volcan. Ce désir n'est pas celui de l'apocalypse, mais celui d'une puissance capable de transformer le monde. 

Cette puissance ne va pas sans démesure, surtout chez Sade, mais elle présente au moins l'avantage d'ouvrir l'horizon du monde, le monde comme horizon, là où le catastrophisme rationnel le referme en supprimant la part d'inconnu qui accompagne toutes les entreprises humaines.

24/02/2017

Propagande, camarade

 

— Il vous frappait vraiment le patron en Amérique ? Je m'imagine comme vous ragiez...

— Pas le moins du monde. Au contraire, nous convînmes immédiatement avec Kirilov que nous autres Russes, nous n'étions que des enfants à côté des Américains, et qu'il fallait être né en Amérique, ou, tout au moins, y vivre depuis longtemps, pour atteindre au niveau des Américains. Je dirais même plus : quand on nous faisait payer un sou, nous payions avec plaisir, avec ravissement même. Nous étions ravis de tout : le spiritisme, le lynchage, les revolvers, les vagabonds. Un jour, en voyage, un type plonge la main dans ma poche, en retire mon peigne et se met à se coiffer. Eh bien, Kirilov et moi, nous nous sommes regardés et nous décidâmes que tout ça, c'était très bien et que cela nous plaisait beaucoup.

— Ce qui est étrange, c'est que chez nous, de telles idées passent de la théorie à la pratique, remarquai-je.

— Des hommes en carton, je vous le dis, répéta Chatov.

Fédor Dostoïevski : Les Démons