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28/06/2017

« Oui, je connais cette théorie »

 

Source L'apocalypse selon Jabob Taubes, par Eric Aeschimann : En 1952, Taubes quitte l’université de Jérusalem, fâché avec son professeur, Gershom Scholem. Direction les États-Unis, où il espère trouver un poste universitaire.

Au même moment, Scholem écrit à Léo Strauss, celui dont on fera bien plus tard le maître à penser des néo-conservateurs américains.

« Taubes utilise ses talents indéniables pour des tours de passe-passe philosophiques, écrit Scholem. Un charabia prétentieux sans cohérence intérieure. Je n’ai rien pu changer chez ce jeune homme. » 

Réponse de Strauss, trois semaines plus tard : « Je n’ai jamais vu une ambition aussi effrontée, pourra-t-il jamais être corrigé. »

Léo Strauss demande à Gershom Scholem une attestation prouvant que Taubes n’a jamais enseigné à l’université de Jérusalem, fait circuler le document et réussit à fermer définitivement les portes des universités américaines au jeune homme, coupable, dit-il, d'antisémitisme philosophique.

*

Antisémitisme philosophique de Taubes ? Plus que dans sa correspondance avec Schmitt, dans laquelle Taubes se définit comme Erzjude, archi-juif, il faut peut-être chercher l'explication dans son séminaire sur Paul, présenté comme son œuvre testamentaire — il se savait condamné.

Dans La théologie politique de Paul, Taubes présente Saint Paul comme un Zélote et ailleurs, il écrit également que Paul a poursuivi par l'esprit la mission des Zélotes : provoquer la chute de l'empire romain.

Or, toujours selon Taubes, la mission paulinienne, qui consiste à aller vers les païens, se révèle une mise en scène (sic) destinée à rendre les juifs jaloux.

Paul renchérit sur Moïse ; dans l'Exode, lorsque Moïse revient avec les Tables de Loi, il découvre son peuple en train d'adorer le Veau d'or et le Tout-Puissant lui dit : je vais les exterminer. Ce à quoi Moïse répond par un appel à la clémence. 

Encore une fois, écrit Taubes, apparaît chez Paul l'expression la jalousie d'Israël qu'il faut exciter. Et si le rejet d'Israël avait pour conséquence la réconciliation du cosmos?

Taubes ne pouvait ignorer l'apostasie de Sabbataï Tsevi, dix-sept siècles plus tard : Tsevi, le messie juif de Smyrne, se convertit à l'islam... pour mieux le retourner de l'intérieur, affirmèrent ses sectateurs. 

De Paul à Sabbataï Tsevi, la même stratégie, la même mise en scène : commettre la pire hérésie du point de vue juif, en l'occurrence la proclamation d'un incroyable messie, la conversion à une autre religion, l'abolition et le retournement de la loi, pour mieux provoquer une réaction divine et ainsi assurer paradoxalement le salut...

Oui, le salut de qui au juste ? De tout le monde ou d'Israël ? 

Taubes sous-entendait-il que les premiers chrétiens ne furent que des pions dans un drame cosmique qui ne concernait en réalité que les juifs, une mise en scène où Paul aurait joué le rôle de saint pécheur, un Paul en réalité bien plus préoccupé par sa communauté d'origine que par le salut des gentils ?

La lecture de Taubes prêterait alors le flanc à une interprétation conspirationniste et antisémite du christianisme.

Je suis qui je suis, mais qui est qui est qui dans cette histoire ?

17/06/2017

Wide shut

 

Je rêvai que je m'éveillais avec un œil mort qui voyait et un œil vivant qui restait fermé.

14/06/2017

Présence astrale

 

Deux hommes ou plusieurs mélangent leur sang dans la même coupe et ils boivent à cette coupe. Ils se considèrent ensuite comme frères par le sang. Mais l'origine de cette coutume est à chercher sur un plan plus profond. Primitivement, il s'agissait d'une cérémonie magique, pour établir un lien entre les corps astraux. Le sang a des qualités spéciales. [...]

Vous comprenez maintenant que, selon les croyances de certains peuples, quand un lien a été établi entre les corps astraux, il n'est pas brisé par la mort. Le Christ savait qu'il devait mourir, cela avait été décidé à l'avance. Il le savait et ses disciples aussi. Et chacun d'eux savait le rôle qu'il avait à jouer.

Mais en même temps, ils voulaient établir avec leur Maître un lien permanent. Et à cette fin, le Christ leur donna son sang à boire, et sa chair à manger. Ce n'était pas du tout du pain, ni du vin, mais sa réelle chair et son réel sang. La Sainte Cène fut un rite magique, analogue à une fraternisation par le sang, pour établir un lien entre les corps astraux.

Piotr Ouspensky : Fragments d'un enseignement inconnu