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06/09/2017

Ce cri de suprême égoïsme...

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J'ai connu dans ma première jeunesse, un jeune homme qui, à la suite d'un violent exercice, saisi tout à coup d'un vomissement de sang, criait dans sa détresse : vite, un médecin et un prêtre !

Pas un mot, ni pour ses amis, ni pour sa famille ; il oubliait jusqu'à sa mère. La peur de la mort, exaltée par celle de l'enfer, étouffait en lui tous les sentiments humains. Jamais je n'oublierai ce cri de suprême égoïsme : vite un médecin et un prêtre ! [...]

Quand la passion est arrivée à son paroxysme, quand la conscience est montée au diapason de l'héroïsme, mourir n'est rien, aimer seul est quelque chose.

M. Blanc-Saint-Bonnet, entrevoyant cette identité de la mort et de l'amour, a rencontré une belle pensée : personne, dit-il, n'est entré plus en avant de l'amour que celui qui a vu plusieurs fois la mort.

Au contraire, sevrez le cœur d'amour et la conscience de justice ; faites le vide dans l'âme, par le mépris et l'égoïsme, et vous aurez pour dénouement la lâcheté, l'apostasie et toutes les hontes.

Pierre-Joseph Proudhon : De la Justice dans la Révolution et dans l'Eglise

05/09/2017

A l'époque, c'était différent

 

En ce temps-là, on croyait encore que la condition humaine ne pouvait être comprise sans la littérature, qu'on vivait mieux avec la littérature, et la critique littéraire faisait figure de discipline souveraine, rendait légitime de parler de tout sans être spécialiste de rien [...]

Il savait imminente la fin de ce monde où il avait devisé avec une égale affection et un même amusement de la littérature et de la politique. Nous avons pu vivre dans un monde où la peau de chagrin littéraire pouvait encore donner l'équivalent de tout.

Comme la voilà rétrécie, inopérante.

Antoine Compagnon : Les Antimodernes — de Joseph de Maistre à Roland Barthes.

04/09/2017

Traces dans la neige

 

Tu marches dans la neige, traqué par une menace indéterminée. Tes empreintes te trahissent : on dirait des points d'interrogation qui remontent, deux par deux, jusqu'en haut de la rue.

Ils me suivent à la trace... Une seule solution : se débarrasser de ces chaussures. Vite, sous l'arche d'un pont... Celui-ci fera l'affaire... La végétation le dissimule en partie et tu dissimules les bottes militaires sous un tas d'ordures.

Du coup, tes pas ne laissent plus aucune empreinte et bizarrement, la chair nue de tes pieds ne ressent pas le froid. Ce décor blanc a quelque chose de funèbre, de terminal — ce sont les rues de ton village et voici la ferme de tes grands-parents.

C'est aussi par un matin d'hiver que tu avais frappé à la porte sans obtenir de réponse. Puis, de retour avec ta mère qui détenait le double des clefs, vous aviez découvert Fernand dans son lit, une jambe hors des couverture, le teint cireux.

Mais il n'est pas question de cela dans le rêve. Pour l'heure, il faut échapper aux poursuivants. Ils sont aussi nombreux qu'anonymes... Des ennemis physiques, mais aussi une maladie, une peste dont tu éprouves déjà les symptômes.

Ta maison se situe en bas de la rue. Dans la rampe du garage, tu tombes sur Mumu... Oh non... La bibliothèque ! Ils m'ont retrouvé...

Te voilà pris en tenailles, entre l'ennemi d'hier et celui d'aujourd'hui. Gêné, tu improvises un discours au sujet d'un représentant qui doit venir vendredi prochain. « Il amènera des livres... Plein de livres... Pour les enfants... »

La diversion opère... Ces mots semblent la ravir. Tandis que tu continues à détourner son attention, en parlant de ces livres — je m'en fiche de vos livres de débiles ! — tu ouvres le coffre de la voiture pour y précipiter toutes tes possessions.

Dépêchons-nous... Ils arrivent... Au coin de la rue... Inconsciente du drame qui se joue, la petite blonde t'observe, d'un air à la fois bovin et matois, et à cet instant, tu te rends compte à quel point le temps a passé...

Elle n'est plus la fausse ingénue de jadis : sa beauté vulgaire s'est complètement fanée, sa taille s'est épaissie.

Oui, le temps a passé, mais eux tous, ils n'ont rien compris, rien retenu. Tes cris, tes prophéties, tes problèmes leur sont indifférents ou incompréhensibles — à présent, elle est mère de famille et toi, tu n'es plus rien... 

La neige continue à tomber.