Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

22/08/2017

Point aveugle

 

Pourquoi le conspirationnisme ? 

La théorie du complot évoque l'histoire des aveugles qui palpent une partie de l'anatomie d'un éléphant : l'un déduit qu'il s'agit d'un pilier, le deuxième d'un mur, le troisième d'un serpent, etc. L'animal est bel et bien devant eux, mais ils ne peuvent le percevoir autrement que sous forme de détails qui ne se totalisent pas.

A ceci près, que dans la théorie du complot, les conspirationnistes sont des voyants qui nous présentent des fragments de réalité, des traces de provenance incertaine, et qui nous disent : « Voilà, ce sont les empreintes d'un éléphant, mais d'une espèce particulière : un proboscidien invisible et gazeux. » 

Arrive alors l'anti-conspirationniste qui s'exclame : « Mais enfin... Un éléphant invisible et gazeux, vous racontez n'importe quoi ! Chacun sait que les éléphants n'existent pas : ils ont tous complètement disparu depuis l'époque des dinosaures. Et d'ailleurs, je n'ai jamais vu d'éléphant vivant de ma vie... »

A ce moment, surgit le convoi d'un cirque qui leur passe dessus, bétaillère après bétaillère ; avant que le bolide ne disparaisse dans un nuage de pot d'échappement, on a le temps d'apercevoir une formidable oreille grise et trapézoïdale qui adresse un salut par la fenêtre du dernier convoi...

C'est encore une image... Pour expliquer un spectacle globalement incompréhensible, il faut une spectaculaire explication globale. Il faut bien que cela ait un sens... 

C'est alors que le rasoir d'Occam ne coupe plus. La toile et les réseaux sociaux sont le médium par lequel ça prend, dans le sens où un ciment prend, mais ils sont aussi la centrifugeuse par laquelle ça tourne en boucle...

En boucle, en abyme : si toutes les époques cherchent à se comprendre, ce qui distingue la nôtre, c'est qu'elle cherche à se comprendre en se regardant chercher à se comprendre — Debord disait à peu près la même chose.

Si l'interprétation d'une image est difficile en temps ordinaire, elle le devient d'autant plus quand on est soi-même immergé dans un flux d'images, une procession de simulacres, dont la maîtrise du sens et de l'origine nous échappent. Il n'y a plus de faits, rien que des effets... des scintillements de surface.

Cercle hyper-vicieux : comme les conspirationnistes sont les derniers à se prétendre tels, moins on se dit conspirationniste, plus on risque de l'être ou de le devenir, parfois à son insu, sur un autre niveau de la spirale.

Ainsi, les conspirationnistes soutiennent que ce sont les services secrets américains et non Ben Laden et Al-Quaïda qui sont à l'origine des attentats du 11 septembre. Et les anti-conspirationnistes soutiennent que ce sont bel et bien Al-Quaïda et Ben Laden qui ont fomenté un complot visant à détruire les deux tours.

Mais dans un cas comme dans l'autre, ils reconnaissent l'existence d'un complot... Nous sommes donc tous conspirationnistes, y compris ceux qui prétendent le contraire. Le complot est devenu l'horizon indépassable de notre temps. 

Simplement, toutes les théories du complot ne se valent pas. Plutôt que de s'intéresser à leur logique interne — toujours plus ou moins parfaite — il faut d'abord se poser la question : à quoi mènent-elles et quels choix de vie impliquent-elles ? Je suis modérément conspirationniste et extrêmement pragmatique, dans le sens philosophique — et non belge ! — du terme. 

Il faudrait relire l'auteur catholique italo-américain Don DeLillo. Malgré ses défauts, c'est peut-être celui qui a le mieux décrit la culture de l'éclat médiatique, ce bruit de fond permanent et les phénomènes de prolifération qui en résultent.

Underworld, titre d'un de ses romans, c'est le monde chtonien où mène le centre du vortex, là où les images prennent naissance — dans le point aveugle.

Oui mais... Et les éléphants, alors ?

20/08/2017

On rase gratis

 

Le type au tableau, vers 3.20, me fait penser à quelqu'un...

Too Long Didn't Read. Personne ne lit les articles plus longs de ce blogue. Tant mieux, c'est là où on peut enfin se lâcher, quand les micros sont débranchés et que tout le monde vous a tourné le dos. Un fanatique, c'est quelqu’un qui ne peut pas changer d’avis et qui ne veut pas changer de sujet. Et le raseur, c'est un fanatique qui veut vous persuader qu'il n'en est pas un.

Bore me more.

Don't try this at home...

 

Je me présenterai sur scène pour voir les gens pleurer et au lieu de cela, ils éclateront de rire. 

Yukio Mishima — source : Mort et vie de Mishima, par Henry Scott-Stokes.