Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

08/07/2017

Rencontre du Type 3

 

Je fus sauvé par un super-vilain de bandes dessinées.

Il s'appelait le Super Saigneur... Un super-criminel, tueur à gages et voleur de bijoux, qui conduisait une voiture amphibie gonflée de partout, et qui éructait d'une voix hargneuse une version débile de Nietzsche, en bulles géantes.

Je l'adorais pour sa voiture et pour un don surnaturel qu'il possédait, un don que je me sentais capable d'imiter dans la réalité. Sa voiture n'était qu'angulosités luisantes, toute en acier brossé, d'une méchante efficacité.

Ses phares projetaient un rayon de mort atomique qui changeait les gens en pierre... Du coffre dépassait une potence en acier. Chaque fois que Super Saigneur réclamait une victime, son amie vampire, Lucretia, une grande blonde aux gigantesques crocs, mordait le bois d'une encoche.

Foutaises ridicules ? Je l'admets. Mais le graphisme était superbe. Super Saigneur et Lucretia respiraient le mal, un mal raffiné, sensuel et stylisé. SS possédait un renflement cylindrique qui lui descendait presque au genou de la jambe gauche du pantalon : les tétons de Lucretia étaient toujours en érection. Un dieu et une déesse high-tech, vingt ans avant la high-tech et ils étaient miens.

Super Saigneur possédait la faculté de se déguiser sans changer de costume. Elle lui venait du fait qu'il buvait du sang radioactif et qu'il se concentrait sur la personne qu'il voulait voler ou tuer, au point de s'imprégner si fort de l'aura de la personne en question.

Le but ultime de SS était de parvenir à l'invisibilité. C'était là motivation qui le poussait à aller au-delà de son don d'invisibilité psychique, faculté qui lui permettait de s'intégrer partout, en tout lieu et à toute heure. S'il devenait physiquement invisible, il aurait carte blanche pour s'emparer du monde.

James Ellroy : Silent terror - Un tueur sur la route.

11/06/2017

Rééducation

 

I can explain everything... Actually, no, I can't...

Lorsqu'il t'arrive de regretter de n'avoir jamais appris un vrai métier, tu fais un tour en librairie : une piqûre de rappel, à quoi ça ressemble, la culture... 

— Puisque je vous dis que ce n'était pas moi, mais ma collègue... Je ne suis pas au courant... 

La pauvre employée, une petite brune, d'une fragilité d'anorexique, se justifie devant le client, un costaud au crâne rasé, une espèce d'éducateur de rue. Le gros patapouf n'en démord pas : c'est bien à elle qu'il s'est adressé au téléphone et pas à sa collègue. 

— Je cherche un livre, en anglais ou en allemand, sur l'expérience de Stanford... Au téléphone, vous m'avez dit que vous pourriez le trouver... 

— Non, pas moi, ma collègue... Euh... En anglais ? Stanford ? Vous avez un nom d'auteur... D'éditeur... Pitié... Ne me frappez pas...

Dissimulé derrière le rayon Religion-Spiritualités, tu assistes à la scène avec un sentiment de gêne, tout en feignant de parcourir le Bardo-Thödol. Tout ça nous évoque des souvenirs, n'est-ce pas ?

Soudain, le gros bonhomme chauve s'exprime d'une voix de stentor, comme s'il était en représentation. D'un ton qui ne tolère aucune réplique, il clame à l'attention de tout le magasin, comme une provocation :

— C'est parce que je m'intéresse à la SHOAH ! Aux mécanismes sociologiques de domination... Aux EINSATZGRUPPEN ! AUX MASSACRES QUE LES ALLEMANDS ONT COMMIS! 

Tu glisses le long des murs, la tête entre les épaules, en priant pour qu'il n'ait rien remarqué. Ce maniaque serait capable de te faire la leçon, ou d'entreprendre un interrogatoire... Police de la Cité miroir ! Que pensez-vous des lois mémorielles ? Que faisiez-vous le 23 mars 1943, sur le Front de l'Est ? 

En bas, derrière le comptoir, une autre petite brune, très jolie aussi, t'indique un livre parmi les commandes. « Miles Davis, c'est pour vous ? » Non, le mien, c'est l'autre, là... hum... Spaggiari... Faut pas rire avec les barbares.

Tandis qu'elle scanne le volume, tu ne peux t'empêcher de jeter un œil inquiet par-dessus l'épaule.

C'est qu'il était costaud, ce Torquemada...

Mauvais sang

 

— D'accord, on a raté la conférence Apocalypse... Mais ce n'est pas la fin du monde. Simplement, le sujet était trop ambitieux pour la Wallonie profonde. Tu verras, je vais me refaire... Et si je préparais une activité sur les vampires ? Je l'ai déjà montée, il y a longtemps... Cela attirerait du sang neuf, des jeunes, des gothiques... Je vois déjà l'affiche... Maldoror, le vampire : Lautréamont vu par Blanchot, Faurisson, Bachelard...

— Tu pourrais répéter le nom du milieu, je n'ai pas bien compris...