Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

09/08/2017

Proxémie nordique

 

Ça grouille au pied de la passerelle. Il y en a partout... Chocolatisation de la Wallonie... On se croirait dans le Bronx. L'un d'eux verse le contenu d'une bouteille dans le réservoir d'une guimbarde. Que trafiquent-ils tous ici ?

Tandis que tu t'éloignes, un badaud, un des rares blancs dans le quartier, te hèle. Tu feins de l'ignorer, mais il insiste, comme s'il te connaissait. Grand, dégarni, il ressemble un peu au sorcier dans Taxi Driver.

— Comment allez-vous ? demande-t-il.

— Oh, on persévère... dans l'erreur.

— Comment ça, vous ?

— Non, moi, j'ai trouvé la Voie. C'est le monde qui...

— Pourquoi ? Qu'espériez-vous donc ?

— Eh bien, la fin du monde, justement...

— Mais enfin, il n'y a pas de fin du monde... Tout n'est qu'une question de cycle.

— Exactement. Pour que les choses s'améliorent, il faut d'abord qu'elles empirent.

— Le pire ? Que voulez-vous dire ? Argumentez...

D'un geste vague, tu lui désignes les environs. Ça se passe d'arguments, non ? Cette improvisation commence d'autant plus à te lasser qu'il ne t'inspire pas confiance. Tu repenses aux saugrenus de Jacques Borel : pourquoi est-ce que je les attire ?

— Vous n'avez rien compris, monsieur, s'exclame-t-il alors que vous arrivez au coin de la rue. Le monde est un chaos et ajouter des interactions ne fera qu'aggraver le chaos. Au contraire, il faut de la proximité. Pro-xi-mi-té !

— Vous non plus, monsieur... vous n'avez rien compris !, réponds-tu en t'inclinant avec une affectation de courtoisie. Aussi, gardons nos distances... 

La physionomie de l'illuminé se rembrunit tandis que tu serres ton parapluie au cas où... A ton grand soulagement, il bifurque vers une ruelle et tu continues sans te retourner.

Proximité... 

Dumbest thing I've ever heard...

07/08/2017

Sidewalking

 

Que peut-on faire à midi en Wallonie profonde ? Tenir son journal, entre Alain van der Biest et Karl Kraus — le café liégeois est un avatar du café viennois et Liège, le laboratoire de la destruction du monde.

A l'époque où tu préparais une activité sur les complots et les poisons, un type louche, accroché au zinc, avait éructé en avisant ta collection de livres et de brochures : « Des livres, j'en ai lu aussi... Tout le monde peut en lire, des livres, pour faire le malin... »

Cette réflexion de (gros) belge — il me cherche ou quoi ? — suscita l'hilarité de la serveuse, corpulente elle aussi. Interrogé sur le bracelet qu'il portait à la cheville, le patibulaire haussa les épaules : « Bah, en prison, y a de tout, faut pas croire... Moi, j'ai jamais eu de problèmes. »

Prudemment, tu avais terminé ton café tiède avant de déguerpir. Le bistrot en question vient de fermer pour la nième fois. Cyanure, c'est ma tournée...

Tu passes ton chemin. Un chat dort sur un appui de fenêtre. Vous vous croisez souvent. Parfois, il somnole sur le trottoir, sans s'effrayer à ton approche. Il se laisse caresser paresseusement. Bien que jeune, son poil est déjà abîmé. Vivre ici vous fait vieillir plus vite. Les camions flamands se chargent du reste... pour les chats, je veux dire.

Nous n'étions pas les bienvenus, mais on s'accroche...  Un chat n'a qu'un territoire limité. Il ne voyage pas en dehors d'un certain périmètre. 

Jadis, chez tes parents, vous aviez recueilli un matou qui se laissait nourrir, loger, soigner... Un jour que tu l'avais surpris dans la ferme voisine, il avait refusé de se laisser prendre, griffant, feulant — il ne te reconnaissait plus. Tu étais dans la zone interdite, potentiellement dangereux.

Le vieux Deleuze évoquait son mépris des animaux domestiques, en particulier des chats qui frottent et qui frôlent.

Geste inoubliable et comique de Deleuze en train de mimer les oreilles d'un animal aux aguets : Avec Félix, on avait inventé la déterritorialisation. Les animaux ne voyagent pas pour le plaisir — il n'y a que les humains pour être bêtes à ce point-là. 

Puis, sur un ton plus grave, il racontait la mort d'un chat dans la maison de ses enfants. La bête à l'agonie cherchait une encoignure, pour se terrer, pour réduire son espace de défense. Il y a des lieux, des territoires pour la mort, disait Deleuze d'une voix rauque...

Animaux errants, déclassés de toute espèce... En Wallonie profonde, vous n'aurez que l'embarras du choix pour disparaître.

05/08/2017

Ewig-Weibliche

 

Le sexe faible est nietzschéen : elles aiment ceux qui ont souffert, mais uniquement les vainqueurs.