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22/07/2017

Sortez les planches...

 

Malthus (1766–1834) est censé être le catastrophiste en chef, le prophète de la fin du monde dont les prophéties ne se sont jamais réalisées.

Et pourtant, si vous lisez ce qu’il a écrit (tout le monde ne le fait pas), vous voyez qu’il n’a jamais mentionné le concept, familier, d’« effondrement de civilisation ».

Malthus était parfaitement capable d’imaginer les pestilences, les guerres et les famines. Tous ces événements sont courants à son époque. Mais il n’était pas conscient de l’idée que la population pourrait bien grandir au-delà de la « limite malthusienne » et ensuite s’effondrer.

L’idée d’un modèle cyclique de croissance et de déclin vint beaucoup plus tard, bien après Malthus.

Vous trouvez ses origines dans les études biologiques, Lotka et Volterra étant peut-être les premiers à le proposer sous la forme d’un modèle mathématique dans les années 1920 et 1930.

Plus tard, dans les années 1950, Marion King Hubbert a proposé sa courbe « en forme de cloche » pour le cycle de production du pétrole brut dans une région spécifique. Pour nous, c’est une histoire relativement connue même si la plupart des gens semblent persuadés que, d’une façon ou d’une autre, la croissance peut durer éternellement.

Enfin, l’idée selon laquelle la courbe en forme de cloche est asymétrique a été explicitement exprimée par un modèle mathématique par Jay Forrester, dans les années 1960, bien que Lucius Annaeus Seneca l’ait déjà proposé en termes qualitatifs bien avant, Forrester peut être considéré comme le véritable auteur de la notion de « falaise de Sénèque. »

Ce serait une consolation pour notre faiblesse et nos œuvres si toutes choses devaient périr aussi lentement qu’elles adviennent ; mais il est ainsi, la richesse est lente, et le chemin de la ruine est rapide. Sénèque : Lettres à Lucilius, n. 91

Pendant plus d’un siècle de travail, l’humanité a développé des outils qui nous permettent de faire face au futur. Nous avons seulement un petit problème : nous ne les utilisons pas. 

Nos dirigeants actuels ne savent même pas que de tels outils existent. Et donc, notre destinée est de glisser vers le bas, les yeux bandés, le long de la falaise de Sénèque.

« Les choses n'ont pas de centre de gravité »

 

Il est étrange, dit Kleist dans une lettre à sa sœur Ulrike, de constater qu'au moment où les efforts de l'homme sont concentrés vers un seul point, de tout autres forces se développent ailleurs. Un de ses amis voulait écrire un traité de mathématiques, il a lamentablement échoué et a fini par écrire une obscure tragédie. [...]

Une tragédie plutôt qu'un traité de mathématiques : seul importe, en l'occurrence, l'invraisemblable point d'appui que le second a offert à la première. La vie, aussi bien, est toujours invraisemblable, trop ironique pour se mesurer longtemps aux histoires frileuses dont nous nous affublons.

Pierre Mari : Kleist, un jour d'orgueil

« Toute écriture s'achemine vers son silence »

 

Tandis qu'il écrit, quelque chose se passe. Après quelques pages, la fin le presse, bientôt elle est là, et la fin de ce seul « roman » fait disparaître le projet de tous les autres. Pourquoi ? Qu'est-il arrivé ? Un critique prétend qu'il a été pris de court par les délais de publication : le temps lui aurait manqué. Le temps ? Non, pas ce temps-là, mais plutôt le temps intérieur de l'œuvre, et l'œuvre elle-même. C'est l'œuvre qui lui a fait défaut, s'étant achevée dans cette lumière qu'elle avait mission d'atteindre et à partir de laquelle, achevé lui-même, il n'avait plus rien à faire et plus rien à dire qui lui importât vraiment.

Maurice Blanchot : L'expérience de Lautréamont