Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

22/07/2017

Slam byzantin

 

— Tu as vu leur catalogue de formations ?

— Non, cela m'est devenu indifférent. La lecture publique, c'est une grosse dondon au milieu d'un parc, en train de lire des histoires débiles à des enfants qui n'en ont rien à faire... Tout à coup, un djihadiste surgit d'un bosquet, hirsute comme un loup, laid comme le péché, et là, la matrone meugle comme une vache à l'abattoir : attendez, vous n'aurez pas ma haineje vais vous donner le goût de la lecture...

Sauvez les livres, formez des bûcherons.

— Ne ris pas... Il y a dix ans, je me souviens qu'ils avaient organisé un atelier de slam. Evidemment, les textes étaient mauvais à pleurer. Entre aphasie et cucuterie... Ils les avaient imprimés et à la fin du fascicule, on trouvait le slam d'un brave-petit-gars-bien-de-chez-nous : Le siège de Constantinople et qui annonçait tranquillement la couleur. Décadence de l'empire byzantin... Les Ottomans sont aux portes de l'Europe... Les fiers guerriers turcs arrivent... Vous allez être assiégés...

— C'est pas vrai... 

— Si ! Et en attendant, question impro, c'était lui le meilleur.

Enragé volontaire

En présentant sa solitude comme la conséquence d'une sécession que les plus hauts intérêts spirituels ont inspirée, Bloy réussit le tour de force de faire passer pour un véritable choix ce que les circonstances et les lois non écrites de l'institution littéraire lui ont imposé. De la sorte, il peut non seulement prendre pied à la marge, dans un milieu par lequel il s'est senti rejeté, mais aussi retourner contre ses figures emblématiques la violence dont il estime avoir été au préalable la victime.

Pierre Glaudes : Léon Bloy, la littérature et la Bible. 

Wallonie underground vous recommande ce livre : une somme d'études publiées dans diverses revues et ouvrages collectifs. A propos de la « marginalité » de Bloy, Maurice Bardèche, dans une magistrale biographie, postulait la thèse inverse : Bloy aurait délibérément choisi une vie misérable afin de mieux passer pour un prophète et pour tordre ainsi les Evangiles dans un sens qui l'agréait. Quoi qu'il arrive, n'ayons jamais peur de la solitude ; dehors, il y a plein de belges !

Saint-Salaud

 

Pour s'ouvrir à l'intelligence du symbolique et accueillir le don de prophétie, le solitaire doit accepter une vie étrange, où il abandonne sa volonté et accepte le dénuement comme un bienfait du ciel.

Le deuxième modèle, après le prophète, qui informe la solitude de Bloy est donc celui du fol-en-Christ, cette forme radicale d'imitation du Messie apparue au IVe siècle et a connu un immense retentissement parmi les chrétiens d'Orient.

S'appuyant sur une interprétation littérale de l'enseignement paulinien selon laquelle il faut devenir fou aux yeux des hommes pour atteindre la Sagesse divine, cette sublime folie s'enracine dans une foi active, qui ne se contente pas de faux-semblants. Elle vise à détruire en soi toute influence mondaine, au risque que l'on soit compté parmi les balayures du monde. [...]

Si la postérité a gardé de Bloy l'image d'un pamphlétaire, celui-ci a toutefois voulu établir l'inanité d'un tel cliché en prenant le parti de la surenchère joyeuse, se peignant comme un crapaud des lettres, un pou malpropre, une tripaille, un champignon vénéneux, un lâche, un pleutre, un parfait drôle.

Pierre Glaudes : Léon Bloy, la littérature et la Bible, éditions Les Belles Lettres.