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15/05/2017

Transfiguration de la Wallonie

 

Mon pays ! Je voulais à tout prix m'y accrocher et je n'avais pas à quoi. Je ne lui trouvais aucune réalité, ni dans le présent, ni dans le passé. Par rage, je lui attribuai un avenir, je le forgeais de toutes pièces, je l'embellissais sans y croire. [...]

Ma haine amoureuse et délirante n'avait, pour ainsi dire, pas d'objet : car mon pays s'effritait sous mes regards. Je le voulais puissant, démesuré, et fou, comme une force méchante, une fatalité qui ferait trembler le monde et il était petit, modeste, sans aucun des attributs qui constituent un destin.

Lorsque je me penchais sur son passé, je n'y découvrais que servitude, résignation, humilité, et quand je me tournais vers son présent, j'y décelais les mêmes défauts [...]

Je l'examinais impitoyablement, et avec une telle frénésie de découvrir en lui autre chose qu'elle me rendait malheureux, tellement elle était clairvoyante. A l'époque, j'en vins à comprendre qu'il était de toute manière trop infime pour mes exigences. N'ai-je pas écrit alors que je voudrais qu'il réunît en lui le destin de la France et la population de la Russie ? [...]

J'écrivis à l'époque un livre sur mon pays : peut-être personne n'a attaqué le sien avec une telle violence. Ce fut l'élucubration d'un fou furieux. Mais dans mes négations, il y avait une flamme telle qu'à distance, il ne m'est possible de croire qu'elle n'ait pas été un amour renversé, une idolâtrie à rebours.

C'était comme l'hymne d'un assassin, la théorie hurlante d'un patriote sans patrie. Des pages excessives qui permirent à un autre pays, ennemi du mien, [la Flandre ?] de les employer dans une campagne de calomnie et peut-être de vérité. [...]

J'avais haï mon pays, tous les hommes et l'univers, il me restait à m'en prendre à moi-même, ce que je fis par le détour du désespoir.

Emil Michel Cioran : Mon pays

12/05/2017

Donna Vanna

 

— Oh, je le prends avec philosophie.

En d'autres circonstances, cette déclaration t'aurait arraché un sarcasme, mais là, elle atteint une zone profonde. La personne qui l'a prononcée au téléphone est gravement malade.

Tout vous sépare : les origines, l'âge, les opinions. Tu te souviens qu'elle t'apportait des confiseries italiennes quand tu tenais la boutique le samedi matin. 

Tu te souviens aussi de son sourire après le savon d'un édile laïcard : « Bah, vous en faites pas, c'est un rouge, vous savez. » Elle aussi est de gauche, pas dupe néanmoins.

— Vous êtes toujours dans votre... votre cave ? demande-t-elle. Dites, cela ne doit pas être très sain... Avec les émanations d'à côté... Faites attention quand même...

Oh, ne vous tracassez pas pour moi. Prenez soin de vous... Que tout aille bien. En raccrochant, tu avais les larmes aux yeux. De chagrin, mais aussi de colère, de rage et d'impuissance...

Après Philippe, René, Jean-Marie, maintenant Vanna... Combien d'autres encore ? Merci laminoirs ! Merci cokeries ! Merci frère Cockerill pour ton cyanure ! Régal royal pour les Wallons!

Je déteste, tu détestes, nous détestons tous l'entité belgicaine, ce bagne, cette usine à gaz, ce goulag mou qui n'a jamais profité qu'à la Flandre et à Bruxelles.

Leur soi-disant bonheur belge, qu'il crève... sinon, c'est lui qui finira par nous tuer.

08/05/2017

Poste sacrifié

 

— Fire's got the temperature up all over the camp. Won't last long though...

— Neither will we.

— How will we make it?

— Maybe we shouldn't...

— If you're worried about me...

— If we've got any surprises for each other, I don't think we're in much shape to do anything about it.

— Well, what do we do?

— Why don't we just... wait here for a little while... see what happens ?