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22/07/2017

« Toute écriture s'achemine vers son silence »

 

Tandis qu'il écrit, quelque chose se passe. Après quelques pages, la fin le presse, bientôt elle est là, et la fin de ce seul « roman » fait disparaître le projet de tous les autres. Pourquoi ? Qu'est-il arrivé ? Un critique prétend qu'il a été pris de court par les délais de publication : le temps lui aurait manqué. Le temps ? Non, pas ce temps-là, mais plutôt le temps intérieur de l'œuvre, et l'œuvre elle-même. C'est l'œuvre qui lui a fait défaut, s'étant achevée dans cette lumière qu'elle avait mission d'atteindre et à partir de laquelle, achevé lui-même, il n'avait plus rien à faire et plus rien à dire qui lui importât vraiment.

Maurice Blanchot : L'expérience de Lautréamont

19/07/2017

« Plus je comprends, plus je m'enfonce dans les ténèbres »

 

Depuis la déchéance et l'abjection procurée par la Chute originelle, qui donc est capable d'expliquer ou de comprendre profondément quoi que ce soit ? C'est déjà bien beau et passablement surhumain de montrer qu'il y a partout du mystère ou de donner à le pressentir.

Léon Bloy : L'Ame de Napoléon

16/07/2017

Mais tu connais la vérité...

 

Nous sommes des dormants pleins des images à demi effacées de l'Eden perdu, des mendiants aveugles au seuil d'un palais dont la porte est close — Léon Bloy.

Le paradis n'existe pas, même pas en rêve, du moins pas dans ce monde-ci. Toutefois, certains songes nous permettent de comprendre la Chute. Ils en procurent une rémanence sensible, en particulier lorsqu'ils nous ramènent à des endroits familiers, à des endroits qui n'existent plus, où on ne peut revenir dans la réalité. 

Te te retrouves Chaussée de Liège, où tu as passé une partie de ton enfance, sur le seuil de la maison de tes grands-parents — souvent, en rêve, il t'arrive de franchir la porte, de parcourir la bibliothèque, plongée dans une pénombre d'outre-temps, de gravir l'escalier vers des hauteurs bleutées, où le regard distingue des fenêtres traversées par la lumière d'un jardin.

En rêve, nous passons à travers les murs et les objets à la manière d'un courant électrique, de sorte que nous percevons les choses selon plusieurs angles à la fois, selon un mode impossible à l'état de veille.

Hélas, cette fois, la porte d'entrée demeure obstinément close ; sa solidité et sa couleur mate ne présagent rien de bon. On dirait même qu'elle est murée, ou qu'il s'agit d'un trompe-l'œil.

Lorsque tu te retournes, tu découvres que tu n'es pas seul. Un bonhomme qui te ressemble comme un frère se tient sur le trottoir. Il est beaucoup plus corpulent que toi, presque trapu, mais son regard un peu fou et ses cheveux blond frisé ont un indéniable air de famille.

Tu reconnais un cousin perdu de vue depuis des siècles. Il pousse un landau dans lequel se devine une forme emmaillotée — son fils, qui doit être grand aujourd'hui, mais dont tu ignores de quoi il a l'air. Le visage du cousin exprime une stupéfaction mêlée d'angoisse, comme si cette porte scellée lui coupait le souffle.

Face à son désarroi, tu ressens une profonde, une accablante sensation de tristesse, presque une envie de pleurer. Malgré tout ce qui vous sépare, tu voudrais lui taper sur l'épaule, le consoler : Tout n'est pas perdu... Les Wallons s'en sortiront... Mais tu connais la vérité...

Ce sera encore plus dur pour les générations à venir.