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22/07/2017

Slam byzantin

 

— Tu as vu leur catalogue de formations ?

— Non, cela m'est devenu indifférent. La lecture publique, c'est une grosse dondon au milieu d'un parc, en train de lire des histoires débiles à des enfants qui n'en ont rien à faire... Tout à coup, un djihadiste surgit d'un bosquet, hirsute comme un loup, laid comme le péché, et là, la matrone meugle comme une vache à l'abattoir : attendez, vous n'aurez pas ma haineje vais vous donner le goût de la lecture...

Sauvez les livres, formez des bûcherons.

— Ne ris pas... Il y a dix ans, je me souviens qu'ils avaient organisé un atelier de slam. Evidemment, les textes étaient mauvais à pleurer. Entre aphasie et cucuterie... Ils les avaient imprimés et à la fin du fascicule, on trouvait le slam d'un brave-petit-gars-bien-de-chez-nous : Le siège de Constantinople et qui annonçait tranquillement la couleur. Décadence de l'empire byzantin... Les Ottomans sont aux portes de l'Europe... Les fiers guerriers turcs arrivent... Vous allez être assiégés...

— C'est pas vrai... 

— Si ! Et en attendant, question impro, c'était lui le meilleur.

16/07/2017

Du pays des Géraséniens...

 

— Mais c'est la parabole de l'Enfant prodigue qu'il nous débite, ce monsieur. Il va nous apprendre que son héros fut réduit à garder des porcs, en mourant de faim et qu'un beau jour, las du métier, il revint à la maison de son père, qui se sentit tout ému, le voyant arriver de loin.

— Hélas ! non, madame répondit Apemantus d'une voix très grave, ce furent les cochons qui arrivèrent. 

Léon Bloy : Histoires désobligeantes

08/07/2017

Rencontre du Type 3

 

Je fus sauvé par un super-vilain de bandes dessinées.

Il s'appelait le Super Saigneur... Un super-criminel, tueur à gages et voleur de bijoux, qui conduisait une voiture amphibie gonflée de partout, et qui éructait d'une voix hargneuse une version débile de Nietzsche, en bulles géantes.

Je l'adorais pour sa voiture et pour un don surnaturel qu'il possédait, un don que je me sentais capable d'imiter dans la réalité. Sa voiture n'était qu'angulosités luisantes, toute en acier brossé, d'une méchante efficacité.

Ses phares projetaient un rayon de mort atomique qui changeait les gens en pierre... Du coffre dépassait une potence en acier. Chaque fois que Super Saigneur réclamait une victime, son amie vampire, Lucretia, une grande blonde aux gigantesques crocs, mordait le bois d'une encoche.

Foutaises ridicules ? Je l'admets. Mais le graphisme était superbe. Super Saigneur et Lucretia respiraient le mal, un mal raffiné, sensuel et stylisé. SS possédait un renflement cylindrique qui lui descendait presque au genou de la jambe gauche du pantalon : les tétons de Lucretia étaient toujours en érection. Un dieu et une déesse high-tech, vingt ans avant la high-tech et ils étaient miens.

Super Saigneur possédait la faculté de se déguiser sans changer de costume. Elle lui venait du fait qu'il buvait du sang radioactif et qu'il se concentrait sur la personne qu'il voulait voler ou tuer, au point de s'imprégner si fort de l'aura de la personne en question.

Le but ultime de SS était de parvenir à l'invisibilité. C'était là motivation qui le poussait à aller au-delà de son don d'invisibilité psychique, faculté qui lui permettait de s'intégrer partout, en tout lieu et à toute heure. S'il devenait physiquement invisible, il aurait carte blanche pour s'emparer du monde.

James Ellroy : Silent terror - Un tueur sur la route.