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20/09/2017

Aujourd'hui, médecine

 

Je veux sortir d'ici.

Voilà à quoi tu penses cet après-midi, dans la salle d'attente de l'hôpital. Des mères de famille parcourent le couloir avec une grâce de zeppelin.

La plupart portent du noir, certaines ont les cheveux rouge gyrophare, toutes sont énormes, comme des Botéro ou des créatures de Brussolo. Leurs enfants hurlent et grouillent en tout sens. 

Faites des enfants ? Vous avez vu à quoi ils ressemblent ? Que direz-vous quand votre gosse aura le faciès de Poelvoorde et qu'il meuglera comme Manon Lepomme ? Heureusement, j'ai toujours été seul... Heureusement, je partirai seul... 

Voilà à quoi tu penses, devant cette porte qui refuse de s'ouvrir. Le docteur a du retard, on dirait. 

« Monsieur ? Monsieur ? Vous avez votre formulaire ? » Tu émerges de ton hypnose lorsqu'une infirmière, une vraie, pas une chose de film d'épouvante, te demande tes documents de mutuelle. 

De l'autre côté du couloir te parviennent des paroles gutturales, dans une langue étrangère. De l'arabe ? Des mots en français surnagent. Journal... C'est normal... Du coup, tu repenses aux propos de ta mère, lorsqu'elle est revenue de chez le médecin, l'autre jour. 

— J'étais la seule Européenne dans la salle d'attente... 

Oui, ce sont les prodromes de la fin. La Wallonie s'efface... Il s'agit d'un plan délibéré... L'ennemi intérieur veut liquider la population de souche... Ensuite, il leur sera d'autant plus facile de tout céder aux Flamands qui, eux, veillent sur leur identité et sur leur langue.

Ils vont nous tuer, rumines-tu sans parvenir à te concentrer sur le livre que tu as apporté. Et même si la natalité nous était favorable, la population de Wallonie resterait belgifiée. Plus nulle part où aller... Belge new world...

Des belges qui mâchent leurs frites, des belges qui jacassent avec un accent répugnant. Des belges « à la sauce belge », comme ils disent, des belges sans Histoire, sans mémoire, sans conscience ethnique, des belges, c'est-à-dire rien du tout, de la chair à canon multiculturelle. Gloubibelgo maximum... Wallonie zéro !

Un gosse pleurniche en sourdine. Les Arabes ont cessé leur conciliabule. Le silence revient progressivement et tu fixes le nom du médecin sur la plaque. Des chaises remuent derrière le panneau.

La porte s'ouvre.

17/09/2017

Pain but no gain

 

« Je crois que j'ai vieilli... »

Je laisse de côté la question des avoir si, délicatisant l'humanité en proportion des jouissances nouvelles qu'il lui apporte, le progrès indéfini ne serait pas sa plus ingénieuse et sa plus cruelle torture ; si procédant par une opiniâtre négation de lui-même, il ne serait pas un mode de suicide incessamment renouvelé, et si, enfermé dans le cercle de fer de la logique divine, il ne ressemblerait pas au scorpion qui se perce lui-même avec sa terrible queue, cet éternel desideratum qui fait son éternel désespoir ?

Charles Baudelaire : Curiosités esthétiques

16/09/2017

Le sexe et l'effroi

Danielle : Moi j'aurais aimé avoir un enfant de toi, pour le garder en souvenir, après.

Pierre : Faut avoir une assez bonne opinion de soi-même pour vouloir se reproduire. Moi, je m'aime pas tellement. Je suis pas assez optimiste non plus.

Danielle : Je suis sûre que tu ferais un très bon père.

Pierre : Les intellectuels font rarement de très bons parents. Regarde les enfants de Diane, ceux de Rémy, c'est un désastre. Puis, je suis trop égoïste aussi. Me faire casser les oreilles par du heavy metal quand j'ai envie de lire…

Danielle : C'est vrai que tu vas vieillir tout seul.

Pierre : C'est pas les enfants qui changeraient quelque chose à ça. Ils me mettraient à l'hospice et ça les ennuierait considérablement de venir me voir le jour de Noël.

Geneviève Rioux, Pierre Curzi, Le Déclin de l'empire américain (1986), écrit par Denys Arcand — pris chez Zentropa.